À Kinshasa, la République démocratique du Congo et l’Ouganda franchissent une nouvelle étape dans leur coopération militaire. Depuis le 18 juin, des officiers supérieurs des Forces armées congolaises (FARDC) et de l’armée ougandaise (UPDF) se réunissent pour réviser le protocole d’accord encadrant l’opération conjointe Shujaa, menée dans l’Est de la RDC contre les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF).
Cette session de trois jours, qui réunit pour la première fois le lieutenant-général Jules Banza Mwilambwe, chef d’état-major des FARDC, et le général Muhoozi Kainerugaba, commandant en chef de l’UPDF et fils du président ougandais Yoweri Museveni, symbolise un tournant dans la dynamique sécuritaire entre les deux pays voisins. Leur objectif : renforcer les mécanismes de coordination sur le terrain, améliorer la mobilité logistique et adapter la stratégie à l’évolution des menaces.
L’opération Shujaa, lancée fin 2021, a permis de reprendre plusieurs bastions aux ADF, notamment dans les environs de Mamove, entre les localités de 47 et Kota-Okola. Malgré ces résultats, les deux armées reconnaissent que les groupes armés continuent de se réorganiser, rendant indispensable une mise à jour du cadre opérationnel.
Au cœur des discussions figure également la relance d’un chantier d’importance stratégique : la route Kasindi-Beni-Kisangani. Plus qu’un simple axe routier, ce corridor représente un levier logistique majeur dans la lutte anti-terroriste, en facilitant le déploiement des troupes et l’acheminement des vivres et équipements militaires dans des zones longtemps enclavées.
La présence du général Muhoozi à Kinshasa ne passe pas inaperçue, tant elle illustre le rôle croissant que joue Kampala dans les questions sécuritaires régionales. Cette visite, combinée à la volonté partagée de revoir les termes de l’accord militaire, témoigne d’une volonté d’approfondir un partenariat militaire bilatéral autrefois marqué par la méfiance.
Des experts des deux pays s’affairent à finaliser un rapport technique qui devra être signé ce samedi. Ce document fixera les nouvelles orientations de l’opération Shujaa, tant sur les plans opérationnel que diplomatique, en tenant compte des leçons tirées au cours des deux dernières années d’intervention conjointe.
Si les autorités militaires des deux États affichent un optimisme mesuré, plusieurs congolais souligneraient la nécessité d’intégrer dans ce processus des mécanismes de reddition de comptes et de respect des droits humains, afin que l’opération militaire contribue aussi à la stabilité durable dans la région du Nord-Kivu et de l’Ituri.
CB
