Le marché du mobilier haut de gamme du Rwanda dépend fortement du bois importé de la République démocratique du Congo (RDC), particulièrement prisé pour sa solidité, sa qualité et sa longévité.
À Kigali, le fabricant de meubles Nsengimana Jean Maurice affirme que les bois durs congolais comme le Libuyu, le Muvura, le Koand et l’Afromosia peuvent durer plus d’un siècle. « Même après 100 ans, il reste intact contrairement au bois rwandais », dit-il.
Mais derrière les chaises élégantes et les armoires raffinées se cache une chaîne d’approvisionnement opaque, marquée par des transactions informelles, une application laxiste des lois et une dégradation environnementale dans les forêts ravagées par la guerre de la RDC.
Dans l’est de la RDC, d’où provient ce bois, l’exploitation forestière est illégale ou non réglementée. Dans les territoires de Beni et Lubero, au Nord-Kivu, elle est principalement artisanale. Après l’effondrement de grands exploitants comme Enzymes Raffiners Association (ENRA), les petits bûcherons, qu’ils soient agréés ou non, fournissent désormais l’essentiel du bois destiné aux marchés locaux et à l’exportation.
Ces bûcherons travaillent souvent dans des zones reculées sous le contrôle de groupes armés, notamment les Forces démocratiques alliées (ADF). Dans des régions comme Cantine, Eringeti, Kainama, Manguredjipa et Kasugho, l’extraction du bois est étroitement liée aux opérations des milices, avec des taxes et des pots-de-vin versés aux chefs de guerre plutôt qu’à l’État.
Selon Salumu Mawaya, président d’une coopérative locale de fournisseurs de planches, l’exploitation artisanale est devenue la norme :« Seules les opérations artisanales subsistent ici, mais la plupart des zones sont instables ou sous l’influence d’acteurs armés.
