Alors que la ville de Goma vit sous la menace constante des groupes armés et endure une crise humanitaire sans précédent, une visite des hauts prélats de l’Église catholique a provoqué un tollé général. En cause : deux photos largement relayées sur les réseaux sociaux, montrant les évêques bénissant et partageant un moment de détente avec un chef rebelle connu, identifié comme Nanga. Ces images ont choqué une population déjà meurtrie, et suscité une avalanche de réactions d’indignation à travers le pays.

Le député national Michel Moto, élu de Walikale et proche du président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe, a été l’un des premiers à réagir publiquement. Sur son compte X (anciennement Twitter), il a dénoncé avec virulence l’attitude des évêques : « Ceux qui prétendaient être les “arbres au milieu du village” sont devenus de “arbres dans le jardin de l’agresseur”. Les photos des évêques riant et bénissant les auteurs des massacres à l’Est sont une honte. L’Église catholique a craché sur le sang de milliers de Congolais assassinés. Le peuple n’a plus de pères spirituels. »
Ces propos ont trouvé un écho massif auprès d’une population excédée. Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont exprimé leur incompréhension face à ce qu’ils perçoivent comme une connivence avec les ennemis de la paix. « Pendant que des milliers de déplacés meurent de faim et de maladies, nos pères spirituels préfèrent manger avec ceux qui sont à la base de notre malheur », s’indigne @Gomavie. « On ne voit aucune photo de leur visite dans les camps de déplacés, seulement des photos de palaces et de repas copieux. Où est leur compassion ? »

L’Église catholique, jadis perçue comme un pilier moral et impartial dans la société congolaise, voit aujourd’hui son image profondément écornée. Le rapprochement avec Nanga est interprété comme un signal de tolérance – voire de bénédiction – à l’égard de ceux qui sont accusés d’avoir semé la mort et la désolation dans les provinces de l’Est. Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement d’une maladresse symbolique, mais d’une véritable rupture de confiance.
Au-delà de la symbolique des images, c’est l’attitude même des évêques qui est pointée du doigt. Leur absence remarquée dans les camps de déplacés, leur hébergement dans des hôtels de luxe et leur proximité avec des figures controversées sont vécus comme une insulte par les populations sinistrées. Les critiques évoquent un manque criant de compassion, une distance alarmante entre les responsables spirituels et les réalités du peuple.
Un autre internaute, @CongolaisDebout, résume une question centrale que se posent beaucoup de Congolais : « Jésus a mangé avec des pécheurs, mais après, ils se sont repentis. Nanga a-t-il déposé les armes et demandé pardon au peuple congolais après ce repas ? C’est la question que tout le monde se pose. L’humiliation est totale. » Ce doute sur l’intention et le résultat de cette rencontre religieuse vient renforcer l’indignation collective.
La colère populaire révèle un malaise profond : celui d’un peuple qui cherche encore des repères dans un contexte de guerre, de misère et d’abandon. Pour de nombreux fidèles, les évêques ne sont plus perçus comme des guides spirituels engagés pour la justice, mais comme des hommes d’influence flirtant dangereusement avec l’ennemi.
Face à cette vague d’indignation, les évêques devront désormais rendre compte non seulement de leurs gestes, mais aussi de leur silence. Le peuple attend des explications, voire des excuses. Dans un moment où le Nord-Kivu a plus que jamais besoin de vérité et de compassion, beaucoup appellent à un retour aux fondamentaux : être aux côtés des victimes, et non de ceux qui les font souffrir.
CB
