Monsieur le Ministre,
Nous vous adressons cette lettre ouverte avec la fermeté qu’exige l’urgence de la situation, pour dénoncer une gestion incohérente et injustifiable des ressources publiques consacrées au secteur sportif en République démocratique du Congo.
Il est désormais de notoriété publique que plusieurs millions de dollars américains ont été décaissés pour apposer le slogan « Paix en RDC » sur les maillots de Clubs prestigieux tels que l’AS Monaco, l’Inter de Milan ou encore le FC Barcelone. Si l’idée de promouvoir notre image à l’international peut sembler louable, elle devient totalement contradictoire dès lors que le football congolais, socle même de cette image, est laissé à l’abandon.
À ce jour, notre championnat local est quasi-mort, faute d’organisation, de financements pérennes sans doute et d’infrastructures adéquates. Les rares clubs encore actifs peinent à se déplacer, à payer les salaires des joueurs ou même à assurer une programmation régulière des matchs.
Pendant ce temps, nos jeunes talents se perdent, faute de structures pour éclore et rivaliser à arme égales avec leurs paires d’Afriques, et d’ailleurs.
Prenons un exemple illustratif : le Sénégal consacre chaque année 15 à 20 millions de dollars américains à ses championnats locaux et à la formation des jeunes, et en plus un plan de modernisation des stades régionaux. Résultat : le pays aligne des joueurs compétitifs, dispose d’infrastructures viables à hauteur du Continent et au-delà. À l’inverse, en RDC des montants équivalents voire supérieurs sont engloutis dans des opérations de campagnes de marketing externe, tandis que nos stades municipaux sont livrés à eux-mêmes sans budget, sans comité de pilotage et sans planification opérationnelle de fonctionnement.
Pire encore, les fonctionnaires placés sous votre tutelle, notamment ceux commis à la gestion du Stade le plus emblématique du pays, le Stade des Martyrs bien entendu, fierté nationale est devenu coquille vide – perçoivent à peine 60.000 Francs congolais par mois. Un montant dérisoire, indécent, qui ne couvre même pas les besoins alimentaires de base d’une famille. Comment dans ces conditions espérer un entretien sérieux et une exploitation optimale de nos infrastructures sportives ?
Excellence Monsieur le Ministre des Sports et loisirs, promouvoir d’abord l’image du pays à l’extérieur, sans investir dans son potentiel intérieur relève du non-sens. L’argent public consacré à ces contrats mirobolants avec des clubs européens serait infiniment plus utile s’il servait à :
- réhabiliter et équiper nos stades et centres omnisports, aujourd’hui en état d’abandon de la gestion tutelle ;
- revaloriser les salaires des fonctionnaires du Ministère des Sports, acteurs de première ligne du secteur ;
- Contribuer à la relance effective du championnat de football local sur des bases saines et professionnels ;
- Soutenir la détection et la formation de nos jeunes talents ;
- Implémenter avec la collaboration des fonctionnaires un plan national de gestion efficiente, avec un budget d’entretien affecté aux infrastructures de Sports dans notre pays.
Tant que ces conditions minimales ne sont pas réunies, dépenser des millions pour afficher un slogan sur des maillots des clubs européens ne fera pas illusion.
« Le marketing d’accroche au profit du pays », la véritable paix et la véritable image positive se construisent d’abord sur le terrain, avec nos jeunes espoirs du football local, nos clubs, nos installations sportives et ceux qui les entretiennent au quotidien.
Monsieur le Ministre, l’histoire jugera sévèrement ceux qui auront préféré le prestige façade au développement réel du Sport en général. À ce titre, nous vous invitons solennellement à revoir cette politique coûteuse et inefficace pour recentrer les ressources sur l’essentiel : redonner vie au sport congolais, dans ses structures, ses acteurs et ses compétitions.
Nous restons mobilisés pour suivre l’évolution de ce dossier, et le cas échéant, pour interpeller l’opinion nationale et les instances de contrôle au niveau international, notamment : la FIFA pour les stades, etc. Afin que la RDC brille à l’interne et rayonne à l’au-delà de nos frontières.
Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Ministre des Sports et loisirs, l’expression de notre ferme engagement pour un sport congolais digne, structuré et
Véritablement porteur d’espoir.
Fait à Kinshasa, le 21 juillet 2025.
Ghiofa Kulimushi Junior Arthur
Acteur politique et social engagé
