En République démocratique du Congo, l’appel à un dialogue national inclusif prend des allures de test de force politique. Alors que la crise sécuritaire, économique et sociale s’aggrave, plusieurs voix, issues aussi bien de l’opposition que de la société civile, pressent Félix Tshisekedi d’ouvrir la voie à des pourparlers. Mais face à cette demande, le chef de l’État campe sur une position ferme, laissant planer l’incertitude sur la tenue d’éventuelles assises.
L’argument des promoteurs de ce dialogue est clair : seule une table ronde réunissant toutes les forces vives du pays pourrait mettre un coup d’arrêt à la spirale de violences et de divisions. Les Églises catholique, protestante et de réveil ont déjà esquissé un début de feuille de route, en discussions avec la présidence. Mais au-delà des bonnes intentions affichées, aucun calendrier ni format précis n’ont été annoncés.
Cette prudence présidentielle contraste avec l’attitude adoptée à l’international. À Doha, Tshisekedi a accepté des négociations directes avec le M23, un groupe armé farouchement opposé à son pouvoir. Un geste qui, aux yeux de l’opposition, illustre un paradoxe : dialoguer avec des belligérants extérieurs, mais refuser d’écouter ses adversaires politiques internes.
Dans les rangs de l’opposition, l’attente se double d’une stratégie. Plusieurs figures de poids Joseph Kabila, Moïse Katumbi, Matata Ponyo, Claudel Lubaya ou encore Franck Diongo se concertent discrètement. Certains, exilés pour échapper, disent-ils, à la « répression fatshiste », envisagent une rencontre inédite autour de l’ancien président Kabila, dans un pays africain. Objectif : adopter un cahier de charges commun à défendre lors d’un futur dialogue, et ainsi éviter la dispersion qui a souvent affaibli leur camp.
Ce projet, encore tenu à l’écart des caméras, vise à accentuer la pression politique sur Kinshasa. Selon un proche de Katumbi, il s’agit de forcer le régime à « prendre le chemin de la réconciliation nationale, faute de quoi il s’enfermera dans une impasse ». En filigrane, l’idée est aussi de montrer que l’opposition peut se réunir et parler d’une seule voix, malgré ses divisions historiques.
Le calcul est double : d’une part, capitaliser sur la crise persistante dans l’Est, où le processus de Doha peine à produire des résultats ; d’autre part, exploiter le climat social tendu pour rendre le refus du dialogue politiquement coûteux pour le pouvoir. Dans ce schéma, la situation sécuritaire devient un levier, sinon un atout, pour peser dans le rapport de force.
CB
