Depuis plusieurs jours, le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, fait face à une pétition parlementaire visant à le destituer, aux côtés de certains membres de son bureau. Les initiateurs parlent de « gestion opaque ». Mais une analyse des réalités financières héritées par la nouvelle législature nuance le débat.
Héritage lourd de la législature passée
Entre 2018 et 2023, l’Assemblée nationale a successivement été dirigée par l’honorable Jeanine Mabunda puis par l’honorable Christophe Mboso. Sous la présidence Mboso, le gouvernement avait alloué une enveloppe annuelle de 48 milliards de francs congolais (FC), au taux de 1 USD = 2100 FC.
À l’époque déjà, une politique de réduction du train de vie des institutions avait été annoncée. Mais cette mesure s’est renforcée avec la nouvelle législature.
Une baisse drastique des moyens sous Kamerhe
Depuis l’installation du bureau Vital Kamerhe, l’Assemblée nationale ne reçoit plus que 27 milliards FC, soit une baisse d’environ 47% par rapport à la gestion Mboso, et ce malgré un taux de change réajusté à 1 USD = 2900 FC.
Cette réduction budgétaire a eu des conséquences directes : paiement difficile des agents administratifs recrutés, prise en charge sanitaire des députés, et surtout règlement d’arriérés hérités de la législature précédente, laissés sans solde.
Des tensions avant la rentrée parlementaire
Conscient de ces contraintes, Vital Kamerhe a, avant la rentrée parlementaire, expliqué aux différents groupes politiques la réalité budgétaire. Mais parallèlement, les pétitionnaires avaient déjà lancé leur offensive, accusant le bureau d’opacité dans la gestion. La situation a donc pris une tournure politique, certains parlant même de crise au sein de la famille présidentielle.
Un dossier explosif sous examen
La pétition est actuellement en examen par une commission spéciale de 48 heures. Ses conclusions devraient être connues dans les prochains jours, ouvrant potentiellement la voie à un débat houleux en plénière.
En attendant, une question s’impose : la crise actuelle est-elle le résultat d’une mauvaise gestion propre à Kamerhe, ou le produit d’un héritage institutionnel et budgétaire lourd auquel il fait face malgré lui ?
Entre politique et réalité budgétaire
Vital Kamerhe demeure un acteur central du régime Tshisekedi. Ses détracteurs l’accusent d’opacité, ses partisans rappellent qu’il subit les conséquences d’un budget réduit et d’arriérés laissés par ses prédécesseurs.
Au-delà des chiffres, le débat révèle surtout une fracture politique interne, à l’approche de nouvelles échéances électorales.
Reste une interrogation majeure : cette pétition est-elle un outil de reddition des comptes ou une manœuvre politique destinée à affaiblir un allié encombrant ?
Alain Baendo
