L’arrestation et la condamnation du jeune activiste Jeddidia Mabela suscitent de vives réactions dans la province de la Tshopo. Pour plusieurs observateurs et acteurs politiques, cette affaire traduit non seulement l’incapacité de l’Assemblée provinciale à exercer son rôle de contrôle, mais aussi une volonté manifeste d’étouffer la voix de la jeunesse citoyenne engagée.
Selon Valentin Banasubi Utubula, haut cadre du parti Ensemble pour la République et vice-coordonnateur provincial de la jeunesse du même parti, cette condamnation est une conséquence directe d’une Assemblée provinciale « corrompue, issue d’une élection chaotique et composée de parlementaires dépourvus des outils nécessaires pour assumer leur mission de contrôle parlementaire ».
Une Assemblée impuissante face à l’exécutif provincial
M. Banasubi rappelle que si déjà l’Assemblée provinciale ne parvient pas à exercer un contrôle sanctionnateur sur l’exécutif provincial, il est illusoire d’espérer un suivi rigoureux de la gestion des entreprises publiques provinciales.
Il dénonce une institution législative locale davantage préoccupée par les « quotas » que par l’intérêt public, ce qui fragilise la redevabilité des dirigeants devant la population.
Les mouvements citoyens dans le viseur
Pour le haut cadre d’Ensemble, la condamnation de Jeddidia Mabela et les poursuites engagées contre d’autres militants de LUCHA et Filimbi, tels que Zacharie Kingombe, Lambert Bakonda et Andy Djuma, ne sont rien d’autre qu’une tentative de museler la jeunesse qui dénonce la mauvaise gouvernance dans la Tshopo.
« Ces jeunes démocrates paient le prix fort pour avoir rappelé à l’Assemblée provinciale son rôle de contrôle et d’impartialité », regrette-t-il, soulignant que l’histoire récente de la RDC montre que c’est grâce à l’engagement des mouvements citoyens qu’a été possible l’alternance politique de 2019.
Un procès qui ternit l’image du pays
L’audience publique de l’affaire Mabela est qualifiée par M. Banasubi d’« énième jurisprudence d’une condamnation de honte », ternissant l’image d’un pays qui prétend s’inscrire dans un véritable État de droit.
Il estime que cette décision viole de manière flagrante la liberté d’expression, la liberté de pensée et la liberté de manifestation, toutes garanties par la Constitution congolaise.
L’appel comme dernier recours
Dans son analyse, Valentin Banasubi appelle la juridiction d’appel à corriger « l’erreur du juge du premier degré » en acquittant Jeddidia Mabela et en mettant fin aux poursuites contre ses camarades.
Selon lui, une telle décision permettrait d’apaiser les tensions au sein de la population tshopolaise, tout en renforçant la crédibilité d’une justice congolaise souvent critiquée pour sa dépendance au pouvoir politique.
Une mise en garde au pouvoir
Enfin, M. Banasubi avertit le gouvernement provincial : ignorer ces signaux reviendrait à sous-estimer la force de la contestation citoyenne. « Les petits ruisseaux forment toujours de grandes rivières », prévient-il, appelant les autorités à tirer les leçons de l’histoire et à respecter les aspirations démocratiques de la jeunesse.
Ass Valentin BANASUBI
