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Note publique de gouvernance: Pour une réforme systémique du secteur de l’eau et de l’électricité en RD Congo

NOTE PUBLIQUE DE GOUVERNANCE

Pour une réforme systémique du secteur de l’eau et de l’électricité en RD Congo

Par le démantèlement de la SNEL et de la REGIDESO, la suppression du ministère du Portefeuille et la création de l’Agence des Participations de l’État (APE)

L’eau et l’électricité ne sont pas des privilèges mais des droits de civilisation.

1. Une situation paradoxale et inacceptable

La République Démocratique du Congo détient plus de 50 % des réserves d’eau douce du continent africain et un potentiel hydroélectrique estimé à plus de 100 000 MW, soit l’un des plus élevés du monde. Pourtant, moins de 22 % de la population a accès à l’électricité, et à peine 26 % à une eau potable conforme aux normes de santé publique (Banque mondiale, OMS-UNICEF, 2024).

Ce paradoxe n’est pas seulement technique ni financier, il est institutionnel et structurel. Les sociétés SNEL et REGIDESO, censées incarner la souveraineté économique de l’État, sont aujourd’hui en faillite opérationnelle et morale. Elles n’assurent plus leurs missions de service public :

  • L’extension des réseaux reste marginale face à une croissance démographique supérieure à 3 % par an ;
  • Les infrastructures sont obsolètes : plus de 60 % des équipements ont dépassé leur durée de vie technique;
  • Les pertes techniques et commerciales atteignent des niveaux insoutenables : 35 à 40 % pour la SNEL et plus de 42 % pour la REGIDESO, soit plusieurs centaines de millions de dollars perdus chaque année ;
  • La maintenance préventive est inexistante, remplacée par des réparations d’urgence ;
  • Les structures de gouvernance interne fonctionnent encore selon des logiques administratives datant des années 1970.

Ces défaillances accumulées expliquent que des millions de Congolais paient des factures sans recevoir le service correspondant.

2. L’immensité du territoire et l’obsolescence du modèle de gestion

Avec 2,3 millions de km², dont 3,2 % de surface aqueuse, la RDC dispose d’un patrimoine hydrique exceptionnellement abondant. Pourtant, cette ressource demeure quasi inexploitée par la SNEL et la REGIDESO.

Ces entreprises opèrent encore comme si la RDC était un espace urbain compact, alors que le pays est composé d’écosystèmes régionaux aux besoins énergétiques et hydriques très différenciés.

Leur modèle centralisé de gestion, hérité d’une économie planifiée, ne correspond plus à la réalité territoriale ni aux exigences techniques contemporaines. L’absence de régies régionales autonomes, d’intercommunales, de concessions transparentes et d’un marché de services structuré empêche toute montée en performance. Le résultat est une fragmentation du service, une perte d’efficacité économique, et une incapacité chronique à investir dans les infrastructures de distribution.

3. Le ministère du Portefeuille est un modèle dépassé

Le ministère du Portefeuille, chargé de superviser les entreprises publiques, est devenu l’un des principaux verrous institutionnels du système. Sa structure administrative, conçue pour une économie d’État des années 1970, n’a ni la compétence technique, ni les outils financiers pour piloter des sociétés commerciales de cette taille.

Son action se réduit à des arbitrages bureaucratiques, sans stratégie industrielle, sans expertise en gouvernance d’entreprise ni en financement international.

Cette carence structurelle retarde la modernisation des entreprises publiques et éloigne la RDC des standards internationaux.

Dans la plupart des pays modernes, la gestion du capital public a été confiée à des Agences de Participations de l’État (APE) autonomes, fondées sur les principes de transparence, de performance et de reddition des comptes :

  • En France, l’Agence des participations de l’État (APE) gère plus de 80 entreprises stratégiques ;
  • En Italie, la Cassa Depositi e Prestiti oriente les investissements publics ;
  • Au Sénégal, le FONSIS assure la valorisation stratégique du capital public ;
  • Etc.

La RDC, elle, continue de fonctionner avec un ministère du Portefeuille institutionnellement obsolète, dépourvu des instruments contemporains de gouvernance d’entreprise. Il devient nécessaire de substituer à ce modèle un dispositif moderne : une Agence des Participations de l’État (APE), dotée d’un conseil stratégique indépendant, d’une capacité d’audit et de reporting conforme aux normes OHADA et IFRS, et d’une culture de performance mesurable.

La nouvelle ministre du Portefeuille, Madame Julie Mbuyi Shiku, dont la formation financière et la rigueur intellectuelle sont reconnues, est invitée à mesurer l’ampleur du défi et à inscrire son action dans une rupture constructive avec les pratiques du passé.

Par une initiative politique lucide et courageuse, elle pourrait, mieux que quiconque, préfigurer et présider à la naissance d’une véritable APE congolaise, alignée sur les standards internationaux.

4. Démanteler pour reconstruire

Le démantèlement de la SNEL et de la REGIDESO n’est pas un risque, c’est une nécessité nationale. Ces structures sont techniquement en faillite : leurs dettes cumulées dépassent 2,5 milliards USD, leurs infrastructures sont vétustes et leur rentabilité est négative depuis plus d’une décennie.

Les résistances politiques et syndicales, compréhensibles, ne font qu’aggraver la crise.

Elles protègent des rentes administratives au détriment de la population, qui continue de vivre dans le noir et dans la soif.

Démanteler, c’est reconstruire :

  • Scinder les entités en sociétés régionales ou spécialisées (production, transport, distribution) ;
  • Ouvrir les concessions à des partenariats public-privé régulés sous le droit OHADA ;
  • Créer une Autorité nationale de régulation de l’eau et de l’énergie, indépendante ;
  • Substituer au ministère du Portefeuille une APE moderne, apte à gérer le portefeuille de l’État selon des critères de performance.

5. La confiance, condition de toute relance

Aucun investisseur, ni congolais ni étranger, n’entrera dans le secteur de l’eau et de l’électricité sans réforme institutionnelle profonde.

Les bailleurs de fonds internationaux (Banque mondiale, BAD, UE) ont suspendu ou ralenti plusieurs lignes de financement, alarmés par la dérive de ces entreprises commerciales de droit Ohada qui demeurent de facto des entreprises publiques.

Les investisseurs privés redoutent l’opacité comptable, l’instabilité contractuelle et l’absence de régulation crédible.

Les contribuables congolais, eux, paient déjà le prix fort : factures sans service, taxes sans impact, promesses sans résultats.

Cette situation détruit la confiance entre l’État et les citoyens, pilier du développement économique.

6. Un appel à la responsabilité

La présente Note publique de Gouvernance du Cabinet LECC n’est pas une injonction, mais un appel à la lucidité et au courage politique. Les réformes sont possibles, à condition d’être envisagées comme un projet de refondation nationale, non comme une simple restructuration technique.

L’histoire retiendra les dirigeants qui auront osé déconstruire les modèles anciens pour bâtir une gouvernance à la hauteur des aspirations du peuple congolais.

« L’eau et l’électricité ne sont pas des faveurs, mais les fondements de la dignité nationale »

Ir. Léon ENGULU III

Directeur Associé – Cabinet LECC

Vie publique, Sciences de la vie et de la Terre, Stratégies d’entreprise & Arts, Médias et Communications

« LECC – Concevoir des futurs »

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