En République démocratique du Congo, les récentes déclarations du Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, ont suscité l’indignation. Le ministre a en effet annoncé son intention d’auditer les finances de la ville de Kinshasa, une initiative que beaucoup considèrent comme une véritable usurpation de pouvoir. « Comment le VPM et ministre de l’intérieur peut se proposer d’aller auditer les finances de la ville de Kinshasa ? C’est quelle loi de la République qui lui donne un tel pouvoir ? Il n’a aucun droit de le faire », s’insurge Jean-Claude Katende, président national de l’Association africaine de défense des droits de l’homme (ASADHO), sur son compte X ce jeudi 27 novembre.
Pour Katende, si le ministre a des inquiétudes quant à la gestion des finances de la ville, il existe déjà des structures légalement compétentes pour ce type de mission : « S’il a des inquiétudes quant à la gestion des finances de la ville, il peut s’adresser à l’IGF ou à la Cour des comptes qui ont reçu ce pouvoir de la constitution et des lois du pays. » Selon lui, il s’agit là d’une violation manifeste des prérogatives définies par la loi et d’une confusion des rôles au sommet de l’État.
Il faut rappeler que le gouvernement de la ville de Kinshasa, dirigé par Daniel Bumba, n’a que 11 mois à la tête de la capitale. En dépit de ce court mandat, plusieurs grands travaux sont déjà visibles sur les artères principales de la ville, redonnant progressivement un nouveau visage à Kinshasa. Intervenir de manière intempestive sur la gestion des finances à ce stade ne semble ni opportun ni nécessaire. Le fossé laissé par ses prédécesseurs reste énorme et la priorité devrait être de consolider les efforts déjà engagés plutôt que de créer des tensions inutiles.
Jean-Claude Katende, dans son message, dénonce également le manque de conseil autour du ministre : « Qui conseille le ministre de l’intérieur sur ces questions ? Pourquoi m’a-t-il laissé commettre une faute aussi grave ? » La réaction de Katende illustre l’inquiétude croissante des observateurs quant aux initiatives qui risquent de déstabiliser la bonne marche des institutions locales.
Face à cette situation, l’ASADHO estime que le gouvernement de la ville de Kinshasa doit clairement réserver une fin de non-recevoir à toute intervention non conforme aux lois : « Le gouvernement de la ville de Kinshasa doit réserver une fin de non recevoir à son action. » L’heure est à la protection des institutions et à la reconnaissance du travail déjà amorcé par Bumba, et non à des audaces administratives qui risquent de créer des conflits institutionnels.
CB
