Chaque saison des pluies relance le même procès : celui du gouverneur. Aujourd’hui, c’est Daniel Mbumba qui concentre les critiques, comme ses prédécesseurs avant lui. Mais derrière l’indignation instantanée des réseaux sociaux se cache un problème plus ancien et plus complexe : une ville dont les fondations urbaines et civiques se sont effritées depuis des décennies. Attendre d’un gouverneur, quel qu’il soit, qu’il répare en deux ans les dérives accumulées en trente, relève d’une illusion collective.
Car Kinshasa paie aujourd’hui le prix de son histoire récente. Une cité pensée pour quelques centaines de milliers d’habitants est devenue une mégalopole de plus de 20 millions d’âmes, étendue sans planification, sans cadastre fiable et sans contrôle de l’occupation du sol. Les quartiers se sont construits au gré de l’urgence, de la débrouille ou de petits arrangements informels. Résultat : des habitations sur les servitudes, des constructions sur les lits de rivières, des voies rétrécies par l’occupation illégale et des caniveaux transformés en dépotoirs.
À cela s’ajoute un rapport à l’espace public profondément détérioré. Les rues deviennent à la fois poubelles, ateliers, marchés et garages à ciel ouvert. La pollution domestique se mêle à des pratiques dangereuses : vidange des fosses septiques dans les eaux pluviales, abattage d’animaux en pleine rue, déchets jetés de nuit par-dessus les clôtures. Autant de comportements qui nourrissent chaque année les inondations et l’insalubrité… avant d’être attribués, comme un réflexe, à des autorités dépassées par l’ampleur de la tâche.
Conscient de cet héritage lourd, Daniel Mbumba martèle un message qui dérange : sans effort collectif, aucune politique publique ne pourra redresser la ville. Pour lui, les solutions techniques ne suffiront pas si les habitants refusent de changer leurs pratiques du quotidien. Une vérité impopulaire, mais que le gouverneur répète avec constance, persuadé qu’aucun progrès durable n’est possible sans une prise de conscience citoyenne.
Malgré les critiques, Mbumba poursuit son programme de réformes urbaines, alternant chantiers, sensibilisation et actions de terrain. Son entourage assure que d’autres mesures sont en préparation et qu’il entend maintenir le cap. Dans une ville où le découragement a souvent remplacé l’ambition, il veut croire que la mobilisation peut encore inverser la tendance. Sa devise « toujours plus haut » sonne alors comme une invitation adressée autant à l’administration qu’aux Kinois eux-mêmes.
CB
