Les organisations de la société civile tirent la sonnette d’alarme face à une montée des violences politiques dans la capitale congolaise. Depuis le début du mois, plusieurs cas d’enlèvements, d’intimidations et d’agressions visant des opposants et leurs proches ont été signalés. Une dérive qui, selon les observateurs, menace la cohésion nationale alors que la République démocratique du Congo fait déjà face à une situation sécuritaire tendue.
Kamizelo, le “Philosophe” disparu sans laisser de trace
Le cas de Kamizelo, surnommé le Philosophe et réputé proche du PPRD, a provoqué une onde de choc. Selon plusieurs témoins, il aurait été arrêté par des hommes se présentant comme des agents de sécurité avant d’être conduit vers une destination inconnue.
Depuis, plus aucune nouvelle. Son enlèvement, non revendiqué et entouré d’opacité, symbolise la peur qui s’installe : « Plus personne n’est à l’abri », s’alarment plusieurs lanceurs d’alerte.
Camp Luka : un meeting de l’opposition tourne à la violence
Lors d’un rassemblement de l’Alliance pour le Changement (A.Ch).
Le président du parti, Jean-Marc Kabund, a été blessé à la tête après des jets de pierres lancés par des policiers et des hommes en tenue civile.
La présence de ces derniers, dont l’identité demeure inconnue, alimente les soupçons. Kabund accuse la police d’avoir agi « avec des KULUNA », remettant en cause la frontière entre forces de l’ordre et milices.
Le MLP dans le viseur : harcèlement et menaces
Des membres du Mouvement lumumbiste progressiste (MLP), formation proche de Franck Diongo, rapportent également des menaces et des tentatives d’enlèvement.
Le domicile de Me. Jean-Philippe Lokote est la cible de visites nocturnes des questionnements sur la localisation de ce dernier depuis le début de l’année, et son épouse aurait échappé de peu à un rapt alors qu’elle se trouvait avec ses enfants aux alentours du collège boboto.
Ces incidents rappellent les méthodes d’intimidation déjà utilisées contre la famille de Jacky Ndala lors de son incarcération à Makala: pressions psychologiques et harcèlement pour réduire les voix critiques au silence.
« Ces pratiques détruisent la cohésion nationale »
Face à cette escalade, plusieurs organisations de la société civile dénoncent une dérive autoritaire.
« Le pays a besoin d’unité, pas de peur », déplore un collectif citoyen. « Ces pratiques musèlent les voix discordantes et minent la confiance déjà fragile entre les citoyens et leurs institutions. »
Appel à un sursaut moral et institutionnel
Les acteurs de la société civile appellent à des mesures immédiates :
Garantir la sécurité de tous les citoyens, y compris des opposants politiques ;
Mener des enquêtes indépendantes sur les disparitions et violences signalées ;
Rétablir un véritable espace démocratique, où l’expression politique n’expose plus à la répression.
Pour ces acteurs, seule une réaction ferme des autorités et un sursaut moral collectif permettront d’éviter une dangereuse spirale de violence politique.
LB
