Depuis Mobutu jusqu’à Joseph Kabila, en passant par Laurent-Désiré Kabila, la scène politique congolaise a vu défiler une élite qui, au lieu de servir la nation, s’est servie de la nation. La transhumance politique est devenue une véritable institution: ceux qui, hier, brocardaient le pouvoir en place se retrouvent aujourd’hui à ses côtés, défendant avec zèle les thèses qu’ils combattaient. Ce phénomène, loin d’être marginal, est devenu la norme, révélant une crise profonde de dignité et d’éthique au sein de la classe dirigeante.
En effet, le Congo a vu ses figures politiques passer d’un camp à l’autre avec une facilité déconcertante et toute honte bue. Les opposants d’hier deviennent les ministres d’aujourd’hui, les critiques les plus virulents se transforment en laudateurs du régime. Cette transhumance n’est pas motivée par une conviction idéologique, mais par la recherche effrénée de postes juteux et de privilèges. Les institutions publiques se transforment en mangeoires où chacun vient se servir, sans se soucier du sort de la population.
Le phénomène ne s’arrête pas aux politiciens. Même certains professeurs d’université, censés incarner la rigueur intellectuelle et l’exemplarité morale, se plient aux exigences du pouvoir. Ils enseignent une chose à leurs étudiants, mais soutiennent des théories contraires dans les médias ou les cercles politiques, simplement pour conserver leurs avantages. Cette duplicité fragilise la crédibilité de l’enseignement supérieur et prive la jeunesse congolaise de repères solides.
Le mal congolais réside dans cette élite politique et intellectuelle qui a perdu toute notion de dignité. La vie de la population, les souffrances quotidiennes, les défis de la nation passent au second plan. Ce qui prime, ce sont les postes, les privilèges, les voyages, les marchés publics. La politique est ainsi réduite à une compétition pour l’accès à la mangeoire nationale, et non à un service rendu au peuple.
Cette absence d’éthique et de vision a des conséquences dramatiques: le peuple ne croit plus en ses dirigeants; les réformes sont sabotées par ceux qui privilégient leurs intérêts; la jeunesse grandit dans un climat où l’opportunisme est valorisé; les institutions deviennent des coquilles vides, incapables de répondre aux besoins de la population.
En conséquence, le Congo ne pourra se relever tant que son élite continuera à considérer la politique comme une mangeoire. La dignité et l’éthique doivent redevenir les piliers de l’action publique. Sans cela, la transhumance et l’opportunisme continueront à miner la nation, laissant le peuple dans la misère et l’État dans la fragilité.
YAMAINA MANDALA
