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L’interview exclusive d’Augustin Kabuya à Jeune Afrique: « Il n’y a que la Bible qu’on ne peut pas toucher» 

Alors que le débat sur la réforme de la Constitution est relancé, le patron de l’UDPS défend auprès de Jeune Afrique la position du parti présidentiel. Sans exclure le fait que « le peuple » puisse se prononcer et choisir de prolonger le mandat du chef de l’État.

Fidèle parmi les fidèles du chef de l’État, Augustin Kabuya s’est aussi imposé comme l’un des plus fervents défenseurs d’une modification de la Constitution en RDC. Alors que certains cadres du pouvoir n’hésitent plus à évoquer la possibilité d’un troisième mandat pour le président, Félix Tshisekedi, le secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a reçu Jeune Afrique pour défendre, dans un style offensif, la nécessité d’une modification de la Loi fondamentale.

Jeune Afrique : Vous avez récemment affirmé que vous alliez « toucher à la Constitution ». Que voulez-vous dire par là ? 

Augustin Kabuya : Après ma nomination comme informateur chargé d’identifier la majorité au Parlement [en février 2024], j’ai fait un constat sur la Constitution et j’ai exposé le problème à la base de notre parti.

Nous avons tenu des états généraux en décembre 2024 et les participants, qui sont venus des 145 territoires du pays, ont à leur tour recensé certains articles qui posent un problème. Il ne faut pas se laisser distraire par le discours de certains acteurs politiques ou de l’Église. Il n’y a que la Bible qu’on ne peut pas toucher.

Quelles sont les dispositions qui sont, selon vous, problématiques ?

D’abord, cette Constitution ne permet pas au président de commencer directement le travail après son élection. Entre le délai de traitement des recours déposés devant la Cour constitutionnelle, l’identification de la majorité par l’informateur et la mise en place du gouvernement, il faut compter pratiquement une année. Il faut ajouter à cela le fait que la dernière année de son mandat est électorale et que, pendant ce laps de temps, le gouvernement est censé expédier les affaires courantes. 

Mais ce ne sont pas les seules difficultés. Vous avez l’article 51 par exemple, qui parle de la protection des minorités alors que la RDC compte plus de 450 groupes ethniques, ou encore l’article 85, qui impose au président de la République de se référer aux deux chambres  du Parlement pour déclarer l’état de siège ou d’urgence. Ce sont des problèmes réels qu’on ne peut pas traiter avec hypocrisie.

Pourquoi alors avoir défendu cette Constitution sous la présidence Joseph Kabila ?

J’ai vu des gens sortir des extraits vidéos de notre président pour essayer de démontrer qu’à l’époque, nous étions opposés ce qu’on touche à la Constitution. Mais ces images ne reflètent pas la réalité : il faut que l’on nous montre aussi des vidéos de ce qu’a été la position de l’UDPS et de l’actuel président de la République lors du vote de cette Constitution par référendum, en 2005. L’UDPS était opposée à ce texte, mais celui qui dirigeait le pays à l’époque [Joseph Kabila] nous a imposé sa volonté, armes à la main.

Nous avions promis qu’une fois au pouvoir,  nous reviendrions sur cette Constitution. En vertu de quoi peut-on nous l’interdire ? Cette même Constitution, Joseph Kabila l’a modifiée en 2011 pour ses intérêts individuels. Dans le passé, le maréchal Mobutu a changé la Loi fondamentale 17 fois. Laurent-Désiré Kabila a, quant à lui, révisé son acte constitutionnel à trois reprises. Et c’est à nous que l’on veut interdire de corriger certaines anomalies sous prétexte qu’on voudrait accorder un troisième mandat au président Tshisekedi ?

L’objectif est-il d’offrir un troisième mandat à Félix Tshisekedi ?

Le président a-t-il dit qu’il le voulait ? La position de l’UDPS sur le sujet de la Constitution est connue depuis plus de vingt ans, mais je n’ai jamais parlé avec le chef de l’État d’un troisième mandat.

Des ministres comme Didier Budimbu plaident ouvertement pour…

Je suis responsable de l’UDPS. Le jour où vous constaterez que nous tenons, dans ce parti, des propos sur ce sujet, vous pourrez me poser la question.

Pourquoi avoir attendu le dernier mandat de Félix Tshisekedi pour engager cette réflexion ?

Parce que cette réflexion est venue après mon mandat d’informateur. Par ailleurs, si le peuple congolais décide que le président Tshisekedi doit continuer à nous diriger, qui suis-je pour m’y opposer ?

La Constitution prévoit le référendum comme moyen d’expression populaire. Les Congolais aiment leur président. Vous l’avez vu, après la qualification de notre équipe nationale pour la Coupe du monde, quitter son palais pour aller communier avec sa population à 3 heures du matin… C’est du jamais vu, et c’est un message.

Dans un contexte de crise sécuritaire, toucher à la Constitution ne risque-t-il pas de remettre de l’huile sur le feu ?

Ce sont ceux qui tentent d’empêcher l’expression populaire qui créent des tensions. C’est à la population de nous départager en se prononçant par référendum. 

Une partie de la classe politique n’y est pas favorable…

C’est cela même l’expression démocratique pour laquelle l’UDPS s’est battue durant trente-sept ans. Mais ces gens doivent comprendre que, tout comme ils ont une opinion, nous avons aussi la nôtre. 

L’UDPS a-t-elle déjà réfléchi à la désignation du dauphin de Félix Tshisekedi ? 

On ne discute jamais de la succession du trône d’un roi quand il y est encore assis. Félix Tshisekedi n’appartient pas à l’UDPS, mais au peuple congolais.

Pourquoi le congrès du parti, prévu en décembre, n’a toujours pas eu lieu ?

L’UDPS n’a pas peur d’organiser son congrès. Mais il devait avoir lieu le jour où la ville d’Uvira est tombée [aux mains des rebelles de l’AFC/M23]. Auriez-vous trouvé normal que l’UDPS le maintienne ? Il faut arrêter de vouloir forcer la main du chef de l’État, qui est aussi le chef de l’UDPS. Il n’y a que des inconscients qui ne comprennent pas sa politique. 

Votre parti a connu des vives querelles internes en 2024. Vous avez vous-même été très contesté. Quelles sont aujourd’hui vos relations avec les frondeurs ?

Même Jésus-Christ n’a pas fait l’unanimité.  Il y a ceux qui m’aiment et ceux qui ne m’aiment pas − cela ne me dérange pas.  Pour ma part, je suis le secrétaire général de l’UDPS et, à ce titre, je le gère.

La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) et l’Église du Christ au Congo (ECC) proposent un dialogue politique. Quelle est, sur ce sujet, la position de l’UDPS ?

Aucune Église ne l’emporte sur les autres. Le garant de la nation qu’est Félix Tshisekedi s’est déjà prononcé sur cette question et je me réfère à ce qu’il a dit. Je ne suis pas un électron libre. 

Dans une interview à Jeune Afrique, le président rwandais, Paul Kagame, a affirmé qu’il n’interdisait pas à Joseph Kabila de passer par le Rwanda pour rejoindre Goma, sous contrôle des rebelles. Quelle est votre réaction ?

Il a ouvertement dit que le problème de l’AFC/M23 concernait les Congolais. Ce qu’il n’a pas dit, c’est que c’est lui le parrain [de la rébellion]. Rappelez-vous, en 2023, j’avais dit que le patron de l’AFC/M23 était l’ancien président. J’avais été très critiqué à l’époque. Aujourd’hui, Kagame donne l’impression de ne pas vouloir mourir seul et cite Joseph Kabila. Mais il ne nous apprend rien.

Tiré de Jeune Afrique

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