L’opposition congolaise est-elle en train de commettre une erreur politique aux conséquences imprévisibles ? Tout porte à le croire. En choisissant la date du 12 juin 2026 pour organiser un sit-in contre le projet de changement constitutionnel, les leaders de l’opposition ont provoqué une vive polémique, cette journée coïncidant avec la clôture du TENASOSP sur toute l’étendue du territoire national.
Pour de nombreux citoyens, ce choix démontre un manque de sensibilité à l’égard des préoccupations réelles de la population.
Le TENASOSP n’est pas un événement ordinaire. Il s’agit d’une étape déterminante dans le parcours scolaire de milliers d’élèves congolais qui, durant deux jours, sont appelés à se concentrer sur leur avenir scolaire.
Comment les stratèges de l’opposition ont-ils pu ignorer une échéance aussi importante, connue depuis plusieurs mois ?
La question mérite d’être posée. Car le calendrier des épreuves avait été rendu public bien avant l’annonce de cette manifestation. Dès lors, beaucoup peinent à comprendre les motivations d’un tel choix.
En voulant mobiliser les foules autour de leur combat politique, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sessanga, Jean-Marc Kabund et leurs alliés donnent l’impression d’avoir perdu le contact avec certaines réalités du terrain. Pour leurs détracteurs, cette initiative traduit une hiérarchisation des priorités où les intérêts politiques passent avant les préoccupations des familles dont les enfants sont engagés dans ces examens nationaux.
La controverse est d’autant plus forte que plusieurs figures de l’opposition disposent de moyens leur permettant de faire étudier leurs enfants à l’étranger ou dans des établissements privilégiés. Une situation qui alimente les critiques de ceux qui les accusent de ne pas mesurer pleinement les difficultés auxquelles sont confrontés les parents congolais ordinaires.
Face à cette situation, le Gouverneur de la ville de Kinshasa, Daniel Bumba Lubaki, a opté pour une approche conciliatrice. Tout en respectant le droit constitutionnel de manifester, il a recommandé la délocalisation du sit-in vers le terrain Assossa, dans la commune de Kasa-Vubu, ainsi que sa tenue dans l’après-midi afin d’éviter toute perturbation autour des centres d’examen.
Cette décision est perçue par plusieurs observateurs comme un compromis responsable entre l’exigence démocratique et la nécessité de protéger le bon déroulement d’une activité scolaire d’intérêt national. Elle permet à l’opposition d’exprimer ses revendications tout en préservant la sérénité indispensable aux élèves.
Au final, ce dossier pourrait se retourner contre ses initiateurs. À vouloir imposer leur agenda politique un jour aussi sensible pour des milliers de jeunes Congolais, les leaders de l’opposition risquent de donner l’image d’acteurs davantage préoccupés par leurs batailles politiques que par les attentes concrètes de la population. Un mauvais calcul qui pourrait peser lourd dans l’appréciation de l’opinion publique.
Jeff Saile
