L’ombre de Corneille Nangaa continue de planer sur la province du Haut-Uélé. Alors que plusieurs médias ont récemment affirmé que l’ancien président de la CENI préparerait son retour dans son fief de Wamba, voire l’installation d’un point d’ancrage à Isiro, le gouverneur Jean Bakomito se retrouve au cœur de nouvelles accusations de connivence avec son oncle.
Selon les observateurs, les descentes sur le terrain, les itinérances administratives ainsi que les opérations de sécurisation des périmètres de Kibali Gold Mine relèveraient davantage d’une stratégie de diversion que d’une véritable réponse aux préoccupations de la population. L’objectif, affirment-ils, serait de détourner l’attention des soupçons portant sur ses liens présumés avec Corneille Nangaa.
Ces accusations surgissent dans un contexte politique particulièrement tendu, quelques jours après la publication du rapport du Groupe d’experts des Nations unies sur la situation dans l’est de la RDC. Les critiques soutiennent que le gouverneur chercherait à protéger son oncle, alors que celui-ci est accusé d’être l’une des figures de proue de l’AFC-M23.
Des appels à des explications
Face à cette polémique, plusieurs acteurs politiques et membres de la société civile estiment que l’Assemblée provinciale du Haut-Uélé devrait exercer pleinement sa mission de contrôle en exigeant des explications du gouverneur.
Jean Bakomito est également accusé d’avoir progressivement délaissé les engagements contenus dans son programme de gouvernance présenté devant les députés provinciaux. Ses opposants lui reprochent de privilégier des intérêts privés, notamment dans le secteur minier, au détriment des préoccupations de la population.
Ils dénoncent également une supposée mainmise d’entreprises chinoises sur plusieurs activités d’exploitation de l’or, tandis que des proches du gouverneur seraient favorisés dans les contrats de sous-traitance autour de Kibali Gold Mine.
Les manifestations organisées récemment contre cette entreprise sont, elles aussi, présentées par ses détracteurs comme ayant été instrumentalisées à des fins politiques.
Une communication qui alimente les interrogations
Après la diffusion de ces révélations, le porte-parole du gouvernement provincial ainsi que le chargé de communication du gouverneur ont tenté de répondre aux accusations.
Mais, selon les critiques de Jean Bakomito, les différentes prises de parole, jugées peu coordonnées, n’ont fait qu’alimenter les interrogations au lieu de dissiper les soupçons.
Une province confrontée à de lourds défis sécuritaires
Au-delà de cette controverse, le Haut-Uélé continue de faire face à une situation sécuritaire préoccupante. Les observateurs évoquent notamment les incursions de groupes armés, la menace des ADF, la présence de groupes Mbororo dans certaines zones ainsi que les craintes d’une extension du conflit lié à l’AFC-M23.
Pour les ‘observateurs , ces défis devraient mobiliser toute l’attention des autorités provinciales plutôt que les batailles politiques ou les intérêts économiques.
Kinshasa invité à faire toute la lumière
Les auteurs de ces accusations appellent le gouvernement central, en particulier le Vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, à suivre de près l’évolution de la situation dans le Haut-Uélé et à faire toute la lumière sur les allégations relayées ces derniers jours.
Ils estiment qu’une clarification rapide permettrait de dissiper les doutes et d’éviter que la crise de confiance entre les autorités provinciales et la population ne s’aggrave davantage.
Monga Narcisse
