Au lendemain de l’élimination des Léopards de la RDC par l’Angleterre en seizièmes de finale de la Coupe du monde 2026, le débat a rapidement quitté le terrain sportif pour se déplacer sur celui de la gouvernance.
Si l’aventure congolaise s’est arrêtée aux portes des huitièmes de finale, elle laisse néanmoins à la Fédération congolaise de football association (FECOFA) une importante retombée financière estimée entre 10 et 12 millions de dollars américains.
C’est le ministre des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, qui en a fait l’annonce devant les médias, précisant que cette enveloppe sera directement gérée par la FECOFA.
« La fédération va empocher entre 10 et 12 millions de dollars. Elle a un plan ambitieux : investir dans la rénovation des infrastructures. Mais ça, c’est l’affaire de la fédération, pas du gouvernement. Nous, nous viendrons encore en appui pour leur donner les moyens de le réaliser », a déclaré le ministre.
Cette déclaration est loin d’être anodine. En rappelant que la gestion de ces fonds relève exclusivement de la Fédération, le gouvernement semble vouloir marquer une séparation nette des responsabilités.
En d’autres termes, la réussite ou l’échec de l’utilisation de cette manne financière sera entièrement imputable aux dirigeants de la FECOFA.
Pour le nouveau président de la Fédération, Véron Monsengo, il s’agit sans doute du premier véritable test de crédibilité. Élu avec la promesse de moderniser la gouvernance du football congolais, il dispose aujourd’hui de ressources financières rarement mises à la disposition de l’instance. La manière dont ces millions seront utilisés permettra de mesurer si la FECOFA est réellement entrée dans une nouvelle ère ou si les vieilles pratiques de gestion continueront à prévaloir.
Les attentes sont immenses. Depuis plusieurs années, le football congolais souffre d’un déficit chronique d’infrastructures, d’un championnat national irrégulier, de difficultés financières récurrentes des clubs, d’un manque d’investissement dans les centres de formation et d’une faible professionnalisation de l’encadrement technique.
La Linafoot, régulièrement secouée par des interruptions de compétition, des problèmes de transport des équipes, des impayés et des difficultés organisationnelles, apparaît comme l’un des principaux chantiers. Beaucoup d’observateurs estiment qu’une partie de cette enveloppe devrait servir à renforcer durablement le championnat national, véritable socle du développement du football congolais.
La rénovation des stades figure également parmi les priorités annoncées. Aujourd’hui, très peu d’infrastructures répondent aux normes internationales, obligeant parfois les clubs et les sélections nationales à évoluer loin de leurs bases habituelles. Les académies de jeunes, la formation des entraîneurs, l’arbitrage et le football féminin constituent également des secteurs qui nécessitent des investissements conséquents.
Mais au-delà des projets, c’est la transparence qui sera scrutée. Les amoureux du football congolais attendent de la FECOFA un plan d’investissement clair, un calendrier précis d’exécution ainsi qu’une reddition régulière des comptes. Chaque dollar devra pouvoir être justifié.
Car cette enveloppe de 10 à 12 millions de dollars ne représente pas seulement une récompense liée au parcours des Léopards au Mondial. Elle constitue une occasion historique de refonder le football congolais sur des bases solides.
Après l’émotion suscitée par l’épopée des Léopards, l’heure est désormais à la responsabilité. Le véritable match de Véron Monsengo commence maintenant : celui de la bonne gouvernance. S’il réussit à transformer cette manne financière en infrastructures, en compétitions mieux organisées et en développement durable du football, son mandat prendra une tout autre dimension. Dans le cas contraire, cette opportunité pourrait rejoindre la longue liste des occasions manquées du sport congolais.
Jeff Saile
