Dans une tribune, l’expert Coco Engongolo Ilumbe analyse le paradoxe économique de la République démocratique du Congo. Selon lui, le véritable obstacle au développement ne réside pas seulement dans la structure de l’économie, mais surtout dans la qualité de la gouvernance, la transparence dans la gestion des ressources publiques et le renforcement des institutions. Une réflexion qui invite à recentrer le débat sur les réformes capables de transformer les richesses du pays en progrès concrets pour la population. Ci-dessous
CONTROVERSE ENTRE LE PRODUIT INTÉRIEUR BRUT ET LA RÉALITÉ ÉCONOMIQUE EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO
La République démocratique du Congo est souvent présentée comme l’un des pays les plus riches en ressources naturelles. Son sous-sol, ses forêts, son potentiel hydroélectrique et ses vastes terres agricoles lui confèrent une place stratégique en Afrique et dans le monde. Pourtant, une interrogation demeure : pourquoi cette abondance de richesses ne se traduit-elle pas encore par une amélioration durable des conditions de vie de la majorité de la population ?
Au quotidien, de nombreux Congolais continuent de faire face à des difficultés importantes : un accès limité à l’électricité et à l’eau potable, des insuffisances dans les systèmes de santé et d’éducation, un chômage élevé, des revenus modestes et un pouvoir d’achat fragile. Ce contraste entre les ressources disponibles et la réalité sociale invite à une réflexion approfondie sur les fondements du développement économique du pays.
Les données publiées par les institutions nationales et internationales montrent que, malgré une croissance économique largement soutenue par le secteur minier, les recettes publiques demeurent insuffisantes pour répondre pleinement aux besoins de développement. Ce décalage entre les performances macroéconomiques et les conditions de vie de la population soulève des questions sur l’efficacité de la gouvernance économique et financière.
Plusieurs facteurs sont régulièrement mis en évidence : les difficultés de traçabilité des ressources naturelles, les pertes de recettes liées à la fraude douanière, fiscale, minière et foncière, ainsi que certaines faiblesses dans les mécanismes de gouvernance publique. S’y ajoutent les enjeux liés au suivi des contrats d’exploitation, à la transparence de la gestion des ressources naturelles et à la valorisation des produits issus de leur transformation.
La République démocratique du Congo dispose pourtant d’atouts considérables pour inverser cette tendance. Une meilleure connaissance de ses richesses, un renforcement des institutions de contrôle, une gestion plus transparente des finances publiques et une utilisation plus rigoureuse des recettes nationales constituent des leviers essentiels pour construire une croissance durable et inclusive.
Le débat économique ne devrait pas opposer les théories, mais chercher à comprendre les causes profondes des difficultés actuelles. Certains économistes considèrent que l’économie congolaise est essentiellement extravertie, c’est-à-dire fortement dépendante des marchés extérieurs et de l’exportation des matières premières. Cette analyse apporte un éclairage pertinent, mais elle ne paraît pas, à elle seule, expliquer l’ensemble des défis auxquels le pays est confronté.
Une autre lecture peut être proposée. Elle consiste à considérer que le principal défi réside dans la qualité de la gouvernance économique et dans la capacité de l’État à mobiliser, sécuriser et gérer efficacement les recettes publiques. Les insuffisances dans la traçabilité des recettes, la fraude et les faiblesses de gouvernance entraînent des pertes de recettes publiques importantes, dont l’ampleur mérite d’être quantifiée de manière indépendante et régulière. Ces pertes réduisent les capacités financières de l’État et limitent les investissements indispensables dans les infrastructures, l’éducation, la santé, l’énergie, l’agriculture et les autres secteurs stratégiques.
Ainsi, la question centrale ne porte pas uniquement sur la structure de l’économie, mais également sur la qualité des institutions, des mécanismes de contrôle et de la gestion des ressources publiques. Adapter le système économique aux réalités congolaises suppose de moderniser les dispositifs de collecte des recettes, de renforcer les outils de contrôle, d’améliorer la transparence et de consolider les mécanismes de reddition des comptes.
Cette évolution implique également une transformation progressive de la culture de la gouvernance et de la citoyenneté. Le respect de la loi, la transparence, la responsabilité et la reddition des comptes doivent devenir des principes partagés aussi bien par les institutions que par les citoyens. Les réformes institutionnelles, aussi importantes soient-elles, ne produiront pleinement leurs effets que si elles s’accompagnent d’une évolution durable des comportements dans la gestion des biens publics et d’une culture d’intégrité à tous les niveaux de la société.
C’est dans cette perspective que s’inscrit la devise suivante :
« Développement = Transparence + Responsabilité + Sanctions. »
Les sanctions ne doivent pas être perçues comme une finalité, mais comme un instrument de bonne gouvernance. Lorsqu’elles sont appliquées de manière juste, impartiale et dans le respect de l’État de droit, elles contribuent à protéger les ressources publiques, à prévenir les abus et à renforcer la confiance entre les citoyens et les institutions.
Le débat ne devrait pas opposer les personnes, mais favoriser la confrontation constructive des idées. L’objectif n’est pas de rechercher des responsables, mais d’identifier des solutions durables capables de répondre aux aspirations de la population.
La République démocratique du Congo possède les ressources naturelles, le potentiel humain et les compétences nécessaires pour accélérer son développement. La véritable différence résidera dans la capacité collective à renforcer les institutions, à promouvoir une gouvernance responsable et à placer l’intérêt général au cœur des décisions publiques.
L’avenir des générations présentes et futures dépend des choix accomplis aujourd’hui.
Le véritable défi n’est pas seulement de produire davantage de richesses, mais de faire en sorte que ces richesses soient gérées avec efficacité, équité et transparence afin qu’elles profitent réellement à l’ensemble des Congolais.
Le débat est ouvert.
À vous le clavier.
