Sur les 26 gouverneurs de province que compte la République démocratique du Congo, Laddy Yangotikala n’en retient que deux lorsqu’il s’agit d’évoquer ceux qui travaillent réellement dans la vision du chef de l’État, Félix Tshisekedi : Mike-David Mokeni du Bas-Uélé et Fifi Masuka du Lualaba.
Le reste ? À revoir.
Et dans cette liste des grands absents, un nom attire particulièrement l’attention : Paulin Lendongolia Lebabonga, gouverneur de la Tshopo.
Lendongolia, le grand absent
La phrase de Yangotikala est particulièrement lourde de sens :
« S’il y a, parmi les 26 Gouverneurs des provinces, ceux qui travaillent selon la vision du Chef de l’État, Félix Tshisekedi, ils sont en deux : Mike-David Mokeni (Bas-Uélé) et Fifi Masuka (Lualaba), c’est tout. Les autres là, peut-être après la délibération… »
« Ils sont en deux. C’est tout. »
En quelques mots, le député national élu de Kisangani ferme pratiquement la porte à toute autre candidature au titre de gouverneur exemplaire.
Et surtout, il ne cite pas Paulin Lendongolia.
Pourtant, ce dernier dirige la Tshopo, province dont Yangotikala est lui-même originaire.
Cette précision donne évidemment une saveur particulière à la déclaration.
Car s’il fallait faire jouer la solidarité provinciale, le gouverneur de la Tshopo aurait probablement pu compter sur une certaine indulgence.
Yangotikala semble avoir choisi l’inverse : juger le gouverneur sur son action plutôt que sur son origine.
Une absence qui ressemble à une note
Le plus intéressant n’est donc pas seulement que Lendongolia ne soit pas cité.
C’est ce que cette omission semble signifier.
Car Yangotikala n’a pas affirmé qu’il n’existait aucun gouverneur performant en dehors de son duo. Il a établi un critère plus exigeant : ceux qui travaillent conformément à la vision présidentielle.
À ce jeu-là, Lendongolia ne semble pas avoir obtenu la moyenne.
Et si l’on pousse la logique du député jusqu’au bout, cela voudrait dire que les réalisations mises en avant en Tshopo n’ont pas suffi à convaincre.
Le problème du bilan revendiqué
C’est ici que se situe l’une des principales critiques adressées au gouvernement provincial de la Tshopo.
Des projets existent. Des chantiers existent. Des initiatives existent.
Mais à qui doit-on réellement en attribuer le mérite ?
Voilà la question.
Car dans la communication politique, il est tentant pour tout gouverneur de présenter comme bilan de son mandat tout ce qui se réalise dans sa province pendant qu’il est aux commandes.
Or, une réalisation financée et portée par le gouvernement central ne devient pas automatiquement une réalisation du gouvernement provincial.
Le gouverneur peut l’avoir accompagnée, facilitée, supervisée ou inaugurée. Mais cela ne suffit pas nécessairement à en faire son œuvre.
C’est précisément ce que l’on reproche à Lendongolia : s’approprier politiquement des réalisations dont l’impulsion ou le financement proviendrait principalement de Kinshasa.
Cette accusation a déjà été formulée publiquement, tandis que les défenseurs du gouverneur soutiennent, à l’inverse, que sa collaboration avec le pouvoir central fait légitimement partie de son bilan.
Où sont les œuvres propres de la Tshopo ?
La question mérite donc d’être posée sans passion :
quelle est la grande réalisation, financée et portée principalement par le gouvernement provincial de Lendongolia, qui permettrait à la Tshopo de se distinguer des autres provinces ?
Quelle infrastructure emblématique ?
Quel grand projet économique ?
Quel ouvrage qui porte clairement la signature de la province ?
Quel chantier qui permette aux Tshopolais de dire : « Voilà l’héritage de Lendongolia » ?
Car un gouverneur ne peut éternellement se contenter de présenter comme bilan les projets de l’État central.
Le rôle d’un gouverneur est aussi de démontrer ce que son gouvernement a été capable de concevoir, financer et réaliser avec les moyens dont il dispose.
La communication ne remplace pas les résultats
C’est probablement là que se situe la critique la plus sévère.
À force de discours, de cérémonies, d’annonces et de visites de chantiers, le risque est de donner l’impression que la province est en pleine transformation.
Mais une province ne se développe pas dans les discours.
Elle se développe dans les routes achevées, les écoles construites, les hôpitaux équipés, l’électricité disponible, les emplois créés, les investissements attirés et les recettes publiques correctement gérées.
Le reste relève de la communication.
Et la population de la Tshopo est suffisamment confrontée aux réalités quotidiennes pour faire la différence entre une promesse et une réalisation.
Yangotikala face à Lendongolia : le débat est désormais ouvert
Le paradoxe est saisissant.
En octobre 2024, certaines publications avaient rapporté des appréciations favorables de Félix Tshisekedi à l’endroit de Lendongolia et de son action à la Tshopo.
Mais près de deux ans plus tard, Yangotikala semble porter un regard nettement moins enthousiaste.
Le député ne voit que deux gouverneurs au-dessus du lot.
Lendongolia n’en fait pas partie.
Et cette fois, ce n’est pas un observateur extérieur qui le dit.
C’est un élu de Kisangani.
Un ressortissant de la Tshopo.
Quelqu’un qui connaît la province, ses difficultés et les attentes de sa population.
Le verdict est-il définitif ?
Yangotikala lui-même laisse une porte entrouverte : « peut-être après la délibération ».
Autrement dit, le classement pourrait encore évoluer.
Mais pour Lendongolia, le signal est déjà mauvais.
Car si, après examen, le gouverneur de la Tshopo ne parvient pas à figurer parmi les références nationales, il faudra bien se demander pourquoi.
Et surtout, il faudra distinguer clairement ce qui relève de son action propre et ce qui relève de l’action du gouvernement central.
C’est là que se jouera la véritable bataille du bilan.
La Tshopo attend des preuves, pas des slogans
Le gouverneur peut toujours répondre à Yangotikala.
Mais la réponse la plus convaincante ne sera pas un nouveau discours.
Elle sera un tableau clair :
projets initiés par la province, financements provinciaux mobilisés, ouvrages effectivement achevés, résultats mesurables et impact concret sur la population.
Le reste pourra être attribué à ceux qui en sont réellement les auteurs.
Car finalement, le débat posé par Yangotikala dépasse la personne de Lendongolia.
Il pose une question fondamentale sur la gouvernance provinciale en RDC :
peut-on réellement parler de performance lorsqu’on ne fait que gérer ou inaugurer des réalisations venues du gouvernement central ?
C’est toute la question.
Et dans le classement de Laddy Yangotikala, la réponse semble déjà donnée.
Deux gouverneurs sont cités.
Paulin Lendongolia est le grand absent.
Pour un gouverneur qui dirige précisément la province d’origine de l’auteur du verdict, cette absence est peut-être le détail le plus éloquent de toute l’affaire.
Jeff Saile
