Paris plutôt que Kinshasa. Le choix du lieu n’est pas passé inaperçu.
Vendredi, Jules Alingete, ancien inspecteur général-chef de service de l’Inspection générale des finances (IGF), a procédé à Paris au vernissage de son nouvel ouvrage consacré au contrôle a priori des finances publiques en République démocratique du Congo.
La cérémonie avait des allures de rendez-vous institutionnel de haut niveau. Dans la salle : le directeur Afrique du Quai d’Orsay, l’ambassadeur du Gabon en France, des députés et sénateurs congolais, le ministre des Postes et Télécommunications José Mpanda, mais aussi plusieurs responsables des institutions supérieures de contrôle financier venus notamment du Maroc, de Mauritanie, de Guinée-Conakry, d’Angola et de la République du Congo.
À ce beau monde se sont ajoutés des journalistes venus de Kinshasa et de l’étranger. Selon une source proche de l’organisation, certains invités auraient été pris en charge financièrement par Jules Alingete pour participer à cette cérémonie parisienne.
Mais une question demeure : pourquoi Paris et pas Kinshasa ?
Un homme devenu discret à Kinshasa
Selon nos informations, Jules Alingete serait devenu particulièrement discret à Kinshasa depuis un certain temps. L’ancien patron de l’IGF ne serait plus régulièrement visible dans la capitale congolaise et aurait, selon plusieurs sources, établi une partie de ses activités à l’extérieur du pays.
D’après des informations recueillies auprès de sources proches du dossier, Jules Alingete aurait choisi de séjourner à l’étranger afin de se mettre à l’abri, dans un contexte marqué par son interpellation et les interrogations persistantes autour de sa situation.
Cette situation pourrait également expliquer, selon ces mêmes sources, le choix de Paris pour le vernissage de son ouvrage consacré au contrôle des finances publiques congolaises.
L’hypothèse avancée est donc celle d’un homme qui, après avoir occupé pendant plusieurs années une position centrale dans le dispositif de contrôle financier de l’État congolais, aurait préféré prendre ses distances avec Kinshasa.
Pourquoi ne pas lancer le livre à Kinshasa ?
La question mérite d’autant plus d’être posée que le sujet du livre est intimement lié à la République démocratique du Congo.
Jules Alingete a dirigé l’IGF pendant plusieurs années et s’est fait connaître comme l’un des principaux visages du contrôle des finances publiques et de la lutte contre les détournements des deniers publics.
Dans ces conditions, Kinshasa semblait constituer le cadre naturel pour présenter un ouvrage consacré au contrôle a priori des finances publiques en RDC.
Le choix de Paris apparaît donc comme un élément à part entière de cette affaire.
Est-ce simplement un choix stratégique pour donner à l’ouvrage une audience internationale ? Une volonté de réunir autour de l’auteur plusieurs responsables africains du contrôle financier ? Ou ce choix est-il également lié à la situation personnelle de Jules Alingete depuis son départ de l’IGF ?
Un exil volontaire ?
Dans son entourage, certains évoquent désormais un homme qui aurait pris ses précautions et choisi de rester à l’extérieur du pays.
Le terme d’« exil » circule même dans certains milieux proches de l’ancien inspecteur général des finances, même si Jules Alingete, pour sa part, n’a pas publiquement présenté son séjour à l’étranger comme un exil politique ou judiciaire.
Il faut donc distinguer les faits établis des informations rapportées par nos sources. À ce stade, aucune déclaration publique de Jules Alingete ne permet de confirmer que son absence prolongée de Kinshasa serait motivée par la crainte d’une nouvelle interpellation.
Reste une réalité qui interpelle : un ancien responsable de l’IGF, dont l’action publique était étroitement associée à Kinshasa et au contrôle des finances de l’État congolais, présente aujourd’hui son ouvrage sur les finances publiques de la RDC depuis Paris.
Le choix du lieu, dans ce contexte, ne manque pas de susciter des questions.
Antoine Botshili
