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Le Plan Marshall de Rémy Luvumbu pour sauver la SNEL : 100 milliards de dollars à mobiliser ?

Grand Inga, modernisation du réseau et souveraineté énergétique : le plaidoyer d’un ingénieur congolais établi à Genève
Et si le redressement de la Société nationale d’électricité passait par une mobilisation exceptionnelle des capitaux, des compétences et des réseaux internationaux de la RDC ?
L’idée peut paraître ambitieuse. Elle est pourtant au cœur de la réflexion portée par Rémy Luvumbu, ingénieur conseil congolais établi à Genève et responsable d’Arc.en-Tech Engineering.

Dans une étude consacrée au Grand Inga, datée du 30 juin 2026, l’ingénieur propose une vision qui dépasse largement la construction de nouvelles centrales.

Son approche associe réhabilitation des infrastructures existantes, modernisation du réseau national, réduction des pertes, développement des interconnexions, décentralisation progressive de la gestion énergétique et mobilisation de financements à grande échelle.
C’est dans ce cadre qu’apparaît l’idée d’un véritable « Plan Marshall » pour la SNEL, dont l’ambition financière pourrait atteindre, selon la vision défendue par Rémy Luvumbu, 100 milliards de dollars de financements et d’investissements à mobiliser à terme.

Un chiffre considérable, qui demande évidemment à être documenté, structuré et confronté à la réalité des marchés financiers.
Mais derrière le montant, il y a surtout une question essentielle : la RDC est-elle prête à changer d’échelle dans sa politique énergétique ?

La crise électrique, symptôme d’un problème structurel

La situation de la SNEL ne peut être réduite à quelques pannes ou à des épisodes de délestage.
Le problème touche l’ensemble de la chaîne électrique : production, transport, distribution, maintenance, investissements et gouvernance.

Pour les ménages, les conséquences sont quotidiennes. Pour les entreprises, elles se traduisent par des surcoûts et des interruptions de production. Pour les industries, elles compromettent la compétitivité. Pour l’État, elles constituent un obstacle majeur à l’industrialisation et au développement des provinces.

L’incident survenu le 21 décembre 2024 dans le district de la Funa, associé à l’obsolescence d’un disjoncteur au départ de SOCOBELAM, constitue, dans l’analyse de Rémy Luvumbu, une illustration de la vulnérabilité des infrastructures.
Le problème n’est donc pas uniquement de produire davantage. Il faut être capable de transporter, distribuer et sécuriser l’électricité produite.

C’est précisément sur cette chaîne complète que repose son approche.

Grand Inga : passer du rêve à une stratégie nationale

Pour Rémy Luvumbu, Grand Inga ne devrait pas être considéré comme un projet isolé.

Le potentiel hydroélectrique du fleuve Congo peut constituer l’un des moteurs de la transformation économique de la RDC, à condition que son développement soit accompagné d’une stratégie nationale cohérente.

La première étape consisterait à réhabiliter et optimiser les installations existantes, notamment Inga 1 et Inga 2, tout en préparant les prochaines phases du programme, dont Inga 3.
L’objectif serait de construire progressivement un système capable de répondre à la demande intérieure tout en ouvrant des perspectives d’échanges avec les pays voisins.

L’Afrique du Sud, l’Angola et d’autres États de la région pourraient, à terme, devenir des partenaires dans le développement des interconnexions électriques.

La RDC pourrait ainsi passer du statut de pays disposant d’un immense potentiel hydroélectrique à celui d’acteur énergétique majeur de l’Afrique.

Produire plus, mais surtout perdre moins

L’un des enseignements majeurs de la proposition Luvumbu est qu’une augmentation de la production ne résoudra pas, à elle seule, la crise électrique.
Si l’électricité produite n’est pas acheminée efficacement jusqu’à l’utilisateur final, une partie de l’investissement est perdue.

D’où l’importance accordée au réseau national.
L’ingénieur préconise notamment le développement progressif de postes d’interconnexion à haute et très haute tension et la constitution d’un réseau plus maillé, capable de mieux absorber les incidents et de sécuriser l’alimentation des provinces.

Le Kongo Central pourrait servir de zone pilote, notamment autour de l’axe Muanda-Banana-Matadi-Boma-Mbanza-Ngungu-Inkisi.
Kinshasa constitue également un chantier prioritaire.
Avant de rechercher sans cesse de nouvelles capacités de production, il faut aussi récupérer l’énergie qui se perd dans les infrastructures existantes.
Cette logique pourrait permettre d’obtenir des gains relativement rapides, tout en préparant le réseau à l’arrivée de capacités supplémentaires.

Le « Plan Marshall » : changer d’échelle

C’est dans cette architecture que prend place le concept de Plan Marshall de Rémy Luvumbu.
L’expression est volontairement ambitieuse.
Elle renvoie à l’idée d’un programme exceptionnel, pluriannuel et coordonné destiné à remettre le système électrique congolais sur une trajectoire de performance.
Son financement pourrait, selon l’ambition avancée par l’ingénieur, atteindre 100 milliards de dollars à travers plusieurs années et plusieurs catégories de projets.
Il faut toutefois distinguer clairement l’objectif de mobilisation de l’argent effectivement disponible.

À ce stade, un tel montant doit être considéré comme une ambition à démontrer et non comme un financement déjà acquis.

Sa crédibilité dépendrait notamment de la capacité à présenter :
un portefeuille de projets clairement identifié ;
des études techniques et économiques solides ;
des projets bancables ;
un calendrier d’investissement ;
des mécanismes de garantie ;
une répartition transparente des risques ;
des partenaires financiers et industriels identifiés ;
des mécanismes robustes de contrôle et de reddition des comptes.

100 milliards de dollars ne constituent donc pas seulement un objectif financier : c’est un test de crédibilité.

Pourquoi Rémy Luvumbu ?

C’est ici que le parcours de l’ingénieur mérite attention.
Installé à Genève, Rémy Luvumbu évolue dans un environnement international et présente son expérience comme un point de rencontre entre ingénierie, développement durable, infrastructures et mobilisation de partenaires.
Il défend également l’idée que la diaspora congolaise peut contribuer davantage aux grands projets structurants du pays.

Cette dimension pourrait être particulièrement pertinente pour un secteur comme l’électricité, dont la transformation nécessite simultanément des compétences techniques, des capacités de gestion et l’accès à des réseaux financiers internationaux.

Mais là encore, il faut distinguer le potentiel d’un réseau de sa capacité effectivement démontrée à mobiliser des capitaux.

C’est précisément ce qui pourrait être mis à l’épreuve dans le cadre d’un mandat clairement défini.

Et si Rémy Luvumbu était chargé du redressement de la SNEL ?

La question mérite d’être posée.
Elle ne signifie pas que sa nomination serait acquise, ni qu’il serait automatiquement le meilleur choix. Elle ouvre plutôt un débat sur les profils susceptibles de conduire la transformation d’une entreprise stratégique comme la SNEL.
Le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, pourrait, s’il le jugeait pertinent, faire examiner une telle proposition par les instances compétentes et demander une évaluation objective du projet présenté par l’ingénieur.

Une éventuelle mission confiée à Rémy Luvumbu pourrait alors être assortie d’un contrat de performance, avec des objectifs publics et vérifiables.
Par exemple :
Réhabiliter.
Remettre en état les infrastructures critiques et optimiser les capacités existantes.
Transporter.
Moderniser le réseau haute et très haute tension.
Réduire les pertes.
Diminuer progressivement les pertes techniques et commerciales.

Distribuer.
Améliorer la qualité et la continuité du service.
Financer.
Présenter et mettre en œuvre un portefeuille de projets susceptibles d’attirer les capitaux privés et institutionnels.
Interconnecter.
Renforcer progressivement les liaisons entre les provinces et avec les réseaux régionaux.
Rendre compte.
Publier régulièrement les résultats, les investissements réalisés et les indicateurs de performance.

De l’homme providentiel à l’homme des résultats

L’expression « homme providentiel » peut séduire dans le débat public, mais elle comporte un risque : celui de personnaliser excessivement un problème qui est avant tout institutionnel et systémique.
La SNEL ne sera pas sauvée par un homme seul.
Elle aura besoin d’une équipe compétente, d’investissements considérables, d’une gouvernance rigoureuse, d’un cadre réglementaire stable et d’un soutien politique durable.
La véritable question serait donc moins : « Rémy Luvumbu est-il l’homme providentiel ? »
Elle serait plutôt :
« Peut-il démontrer qu’il possède la vision, l’équipe, les partenaires et les moyens nécessaires pour conduire un tel redressement ? »
C’est une question beaucoup plus exigeante.
Et c’est probablement la bonne.
Une chance pour la diaspora, une épreuve pour le candidat
La proposition Luvumbu présente ainsi un double enjeu.
Pour la RDC, elle offre l’occasion de réfléchir sérieusement à la mobilisation de ses compétences et de ses réseaux internationaux.
Pour l’ingénieur, elle constituerait l’occasion de transformer une vision en résultats concrets.
S’il affirme pouvoir contribuer à mobiliser jusqu’à 100 milliards de dollars, le meilleur moyen de convaincre serait désormais de présenter un mécanisme de mobilisation financière détaillé, un portefeuille de projets, des partenaires potentiels, des échéances et des indicateurs de résultats.
La crédibilité se construirait alors non plus autour d’une promesse, mais autour d’un dispositif vérifiable.
La SNEL n’a plus seulement besoin de diagnostics
La RDC dispose déjà de suffisamment d’études pour connaître l’ampleur de ses difficultés.
Elle a besoin d’exécution.
Elle a besoin de dirigeants capables de transformer des plans en chantiers, des chantiers en infrastructures et des infrastructures en services publics fiables.

Le projet de Rémy Luvumbu a le mérite de replacer cette exigence au centre du débat.
Son approche associe trois dimensions essentielles : produire davantage, transporter mieux et gouverner autrement.
Le Grand Inga représente la perspective de long terme.
La réhabilitation d’Inga 1 et d’Inga 2 représente une priorité immédiate.
La modernisation du réseau constitue le maillon indispensable.
Et la mobilisation des capitaux représente la condition financière de l’ensemble.

Le pari Luvumbu

Au fond, le véritable sujet n’est peut-être pas de savoir si Rémy Luvumbu doit être présenté comme un « homme providentiel ».
Le véritable sujet est de savoir si la RDC est prête à mettre à l’épreuve des profils nouveaux, y compris ceux de sa diaspora, sur la base de contrats de performance et de résultats mesurables.
Le pari Luvumbu pourrait être formulé simplement :
une vision énergétique nationale, un programme de transformation, des capitaux à mobiliser, des objectifs chiffrés et une obligation de résultats.
Si les 100 milliards de dollars annoncés comme objectif de mobilisation peuvent être transformés en projets crédibles, en financements effectivement engagés et en infrastructures opérationnelles, alors le débat changera de dimension.
La RDC n’a pas besoin d’un sauveur providentiel.
Elle a besoin d’hommes et de femmes capables de produire des résultats à la hauteur de son potentiel.
Rémy Luvumbu dit vouloir apporter sa contribution.
À lui désormais, si les autorités décident de l’écouter, de démontrer que son réseau peut devenir financement, que sa vision peut devenir programme et que son programme peut devenir électricité.

Le Plan Marshall de la SNEL ne se mesurera finalement ni aux discours ni aux milliards annoncés, mais à une chose très simple : la lumière qui arrive effectivement chez le Congolais.

Jeff Saile

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