Rubrique :

Face à Joseph Kabila, Vital Kamerhe pose la question qui dérange : « La paix dans les discours, la rébellion dans les actes… à quoi bon prendre les armes pour finir autour d’une table de négociation ? »(TRIBUNE)

Par Michel Kasanga

Dans une adresse marquée par la gravité du moment politique et la volonté de préserver l’essentiel, Vital Kamerhe choisit les mots de la responsabilité, du dialogue et de la réconciliation. Tout en réaffirmant son alliance avec Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, il exprime son regret face à ce qu’il considère comme une contradiction entre les appels à la paix de Joseph Kabila et son engagement dans une nouvelle dynamique politico-militaire. Au-delà de la confrontation politique, son message se veut un appel à la conscience nationale : aucune ambition ne devrait justifier que les armes dictent l’avenir du Congo.

Une parole ferme, sans renoncer à la réconciliation

Il est des prises de parole politiques qui ne se limitent pas à exprimer une position. Elles révèlent une conception du pouvoir, une lecture de l’histoire et, surtout, une certaine idée de l’avenir collectif. L’adresse de Vital Kamerhe relative à la création du Front pour la Refondation de la Nation, annoncée à Goma, s’inscrit dans cette catégorie.

Le ton est ferme, parfois accusateur, mais il demeure traversé par une préoccupation fondamentale : empêcher que la République démocratique du Congo ne s’enfonce davantage dans le cycle des affrontements armés, des souffrances humaines et des négociations rendues nécessaires par des violences qui auraient pu être évitées.

Le président honoraire de l’Assemblée nationale ne fait pas le choix d’une simple condamnation politique. Il pose une question de cohérence, presque de conscience, à l’ancien président Joseph Kabila. Comment parler de paix et, dans le même temps, s’engager dans une structure politico-militaire dont l’action s’inscrit dans un contexte de conflit avec les institutions de la République ?

C’est le cœur de son interpellation :

« Monsieur le Président honoraire, vous appelez à la paix dans vos discours, mais vous appelez à la rébellion dans vos actes. Les Congolais doivent vous juger sur vos actes. »

Derrière cette formule directe se dessine le regret d’un homme politique qui voit dans cette évolution un risque supplémentaire pour un pays déjà meurtri. Vital Kamerhe oppose ici la parole aux actes, les déclarations aux responsabilités et les ambitions politiques à leurs conséquences sur la vie des Congolais.

Son propos ne saurait toutefois être réduit à une querelle entre anciens alliés ou à une confrontation entre deux figures majeures de la scène politique congolaise. Il pose une question essentielle pour la démocratie : peut-on prétendre construire l’avenir d’une nation en recourant aux armes contre ses institutions ?

Joseph Kabila interpellé sur le poids de l’histoire

En rappelant les dix-huit années de pouvoir de Joseph Kabila, Vital Kamerhe inscrit son adresse dans une réflexion sur la responsabilité historique des dirigeants. Celui qui a exercé les plus hautes fonctions de l’État ne peut, selon lui, se soustraire au bilan de son passage au pouvoir ni aux conséquences des fragilités qui persistent dans le pays.

L’ancien président est ainsi renvoyé à ses responsabilités en matière de sécurité, de consolidation des institutions et de protection des populations.

« On n’efface pas son propre bilan en accusant son successeur », souligne Vital Kamerhe, avant d’ajouter que chacun doit assumer sa part de responsabilité dans l’histoire tumultueuse du pays.

Cette réflexion dépasse la seule personne de Joseph Kabila. Elle interpelle l’ensemble de la classe politique congolaise, dont les divergences, les rivalités et les ambitions ne devraient jamais prendre le dessus sur la préservation de la République.

La véritable grandeur d’un homme d’État ne réside pas seulement dans sa capacité à conquérir ou à exercer le pouvoir. Elle se mesure également à sa disposition à préserver la paix, à reconnaître le poids de ses responsabilités et à privilégier l’intérêt supérieur de la nation.

C’est pourquoi l’appel de Kamerhe conserve une dimension réconciliatrice : il invite les acteurs politiques à sortir de la logique de confrontation pour retrouver le chemin de la responsabilité collective.

Tshisekedi et Kamerhe : une alliance réaffirmée face à l’épreuve

L’un des passages les plus politiquement significatifs de cette adresse est la réaffirmation explicite du soutien de Vital Kamerhe au président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo.

« Je réaffirme mon soutien au président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, mon allié et partenaire politique. »

Ces mots ne laissent guère de place à l’ambiguïté sur la position qu’il entend défendre. Dans un environnement politique marqué par les tensions et les recompositions, Vital Kamerhe assume son alliance avec le chef de l’État et présente la situation comme une raison supplémentaire de resserrer les rangs autour de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de l’ordre constitutionnel.

Il ne s’agit donc pas seulement d’un soutien personnel à Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. L’argumentation de Kamerhe rattache cette alliance à un impératif institutionnel : la défense de la République face à toute entreprise susceptible de remettre en cause son autorité par la force.

Cette fidélité politique s’accompagne d’un appel plus large à dépasser les appartenances partisanes. Pour Vital Kamerhe, la défense de la nation ne peut être l’affaire d’un seul camp. Elle engage tous les Congolais, quelles que soient leurs sensibilités politiques.

Il le rappelle avec force : « La défense de la République est une responsabilité commune. »

Cette phrase constitue l’un des points d’équilibre de son adresse. Elle transforme une prise de position politique en appel à l’engagement national et rappelle que la sauvegarde des institutions exige une mobilisation responsable, pacifique et collective.

L’expérience au service de la paix : une disponibilité à entendre

Au-delà de sa dénonciation de la voie armée, Vital Kamerhe insiste sur sa disponibilité pour la paix. Il ne se présente pas uniquement comme un acteur qui condamne, mais comme un homme disposé à mettre son expérience de la gestion des conflits au service d’une issue pacifique.

Sa déclaration est sans )équivoque :

« Ma position est ferme. Ma disponibilité pour la paix est entière. »

Cette formule résume l’équilibre qu’il cherche à établir entre la fermeté des principes et l’ouverture au dialogue. Refuser la rébellion comme moyen d’accès au pouvoir ne signifie pas fermer la porte à la discussion. Bien au contraire, il s’agit de créer les conditions dans lesquelles les divergences peuvent être résolues sans sacrifier davantage de vies humaines.

Vital Kamerhe développe cette conviction en deux propositions fondamentales. D’une part, aucune divergence ne devrait être insurmontable lorsque l’amour de la patrie prime sur les intérêts particuliers. D’autre part, il interroge le sens même de la violence lorsqu’elle conduit finalement les protagonistes à la table des négociations.

« À quoi bon prendre les armes pour finir autour d’une table de négociation, alors que le dialogue aurait pu permettre d’éviter tant de pertes humaines ? »

Cette interrogation est probablement l’une des plus touchantes de son adresse, parce qu’elle ramène le débat politique à son coût humain. Derrière les stratégies, les alliances et les ambitions, il y a des familles endeuillées, des enfants privés d’école, des femmes exposées aux violences et des populations contraintes de quitter leurs terres.

En mettant en avant ces réalités, Kamerhe rappelle que la paix n’est pas une simple formule diplomatique. Elle est une exigence humaine, sociale et nationale.

Sa disponibilité au dialogue prend ainsi la forme d’un engagement politique : offrir une alternative à la logique de guerre, faire prévaloir la négociation et contribuer, par l’expérience acquise dans la gestion des conflits, à la recherche d’une solution durable.

Faire échec au retour au pouvoir par les armes

Le message central de cette déclaration est aussi un refus catégorique de voir la violence redevenir un instrument de conquête du pouvoir.

Vital Kamerhe exprime cette position dans une formule sans détour :

« Nous devons tous rejeter la rébellion comme mode d’accès au pouvoir. »

Cette exigence constitue le socle démocratique de son discours. Dans une République qui a trop souvent payé le prix des conflits armés, l’accès aux responsabilités publiques doit relever des mécanismes politiques et constitutionnels, et non du rapport de force militaire.

Le problème dépasse les acteurs directement concernés par la création du Front pour la Refondation de la Nation. Il concerne l’avenir même de la démocratie congolaise. Si les armes deviennent un moyen acceptable de peser sur le destin collectif, quelle place restera-t-il au choix libre des citoyens, à la compétition politique pacifique et à la stabilité des institutions ?

Kamerhe met en garde contre la répétition d’un scénario devenu familier : affrontements, pertes humaines, négociations et espoir que le compromis obtenu soit enfin le dernier.

Son souhait est que le pays rompe avec cette succession interminable de crises. Il appelle à un dialogue capable de poser les bases d’une paix durable et d’un développement qui ne soit plus constamment interrompu par la guerre.

Son adresse ne demande donc pas aux Congolais de renoncer à leurs convictions. Elle leur demande de les défendre sans détruire leur propre pays.

L’unité nationale au-dessus des calculs politiques

L’autre force de cette déclaration réside dans son appel à la cohésion nationale. Vital Kamerhe rappelle que les différences politiques, les frustrations et les ambitions ne peuvent justifier une nouvelle confrontation armée.

« Quelles que soient nos frustrations, nos divergences ou nos ambitions, rien ne saurait justifier que nous prenions les armes contre notre propre pays, au risque de sacrifier davantage de vies congolaises. »

Cette phrase traduit une conception inclusive de la nation. Le Congo ne peut se construire durablement si ses fils et ses filles se considèrent comme des ennemis irréconciliables. Les désaccords sont inhérents à toute vie démocratique, mais leur règlement doit préserver la vie humaine, la coexistence et l’intégrité territoriale.

Dans un pays marqué par une grande diversité culturelle et communautaire, l’unité nationale ne peut être imposée par la force. Elle doit se construire par le respect mutuel, le dialogue et la reconnaissance d’un destin commun.

Kamerhe exprime cette aspiration en évoquant les quelque 450 ethnies qui composent le pays, appelées à vivre ensemble dans la paix, la convivialité et le respect mutuel.

Il rappelle ainsi que la République démocratique du Congo est plus grande que ses dirigeants, plus durable que ses alliances politiques et plus précieuse que les ambitions individuelles de ceux qui aspirent à la diriger.

Un message qui s’adresse aussi aux populations meurtries

La dimension humaine de cette déclaration atteint son point culminant lorsque Vital Kamerhe s’adresse aux populations du Nord-Kivu, de l’Ituri et des autres régions éprouvées par les conflits.

Ses mots sont particulièrement forts :

« Votre sécurité doit passer avant nos calculs, votre avenir doit passer avant nos carrières, et votre droit de vivre doit s’imposer à toutes les ambitions. »

Cette adresse aux populations meurtries donne toute sa portée à son appel à la paix. Elle rappelle aux responsables politiques que leur première obligation consiste à protéger les citoyens et à créer les conditions de leur sécurité.

Elle invite également à renverser les priorités d’une vie politique parfois dominée par les stratégies de positionnement : avant les carrières, les ambitions et les calculs, il y a le droit de chaque Congolais à vivre, à travailler, à étudier et à construire son avenir sur sa terre.

C’est dans cette perspective que la paix devient un impératif concret. Elle doit permettre le retour des déplacés, la reprise des activités économiques, la continuité de l’éducation et la restauration de la confiance entre les citoyens et les institutions.

Le Congo doit aimer le Congo

La conclusion de Vital Kamerhe élargit son propos à l’ensemble du continent africain. Son appel à l’amour de la patrie et à la solidarité entre les peuples dépasse les frontières de la République démocratique du Congo.

« Le Congo doit aimer le Congo et l’Afrique doit aimer l’Afrique. »

Cette formule simple, mais chargée de sens, résume l’esprit de son adresse : aucun pays ne peut bâtir son avenir durablement en sacrifiant ses propres populations dans des conflits sans fin.

Le Congo a besoin de réconciliation, de cohésion nationale et de développement. Il a besoin de dirigeants capables de privilégier l’intérêt collectif. Il a surtout besoin d’une génération politique qui fasse du dialogue une méthode de règlement des différends et de la paix un préalable à toute ambition nationale.

L’appel de Kamerhe aux Congolais et aux Africains — « qu’attendons-nous pour nous entendre ? » — prend alors la valeur d’une interpellation collective. Il ne s’adresse pas seulement aux protagonistes de la crise, mais à tous ceux qui peuvent contribuer à empêcher que la violence ne décide encore de l’avenir des peuples.

Pour une paix qui ne soit pas seulement un discours

Au terme de cette adresse, une conviction se dégage : la paix exige davantage que des déclarations. Elle suppose une cohérence entre les paroles et les actes, un refus de la violence comme instrument politique et une volonté réelle de privilégier le dialogue.

C’est précisément le regret exprimé par Vital Kamerhe face à ce qu’il considère comme la contradiction entre les appels à la paix de Joseph Kabila et son engagement dans une dynamique politico-militaire. Mais cette critique ne l’empêche pas de maintenir ouverte la perspective d’une solution négociée.

Il réaffirme son alliance avec Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, son attachement à la défense de l’ordre constitutionnel et sa disponibilité à contribuer à la paix. Il appelle parallèlement les responsables concernés à renoncer à la voie armée et à privilégier le dialogue.

Le défi consiste désormais à faire prévaloir cette exigence dans les actes, afin que les divergences politiques ne se transforment plus en tragédies humaines.

La République démocratique du Congo n’a pas besoin d’une nouvelle aventure armée. Elle a besoin d’une paix qui protège les populations, d’institutions respectées, d’une unité nationale fondée sur la responsabilité et d’un engagement politique tourné vers le développement.

Au fond, le message le plus puissant de Vital Kamerhe tient peut-être dans cette exigence : « votre sécurité doit passer avant nos calculs, votre avenir doit passer avant nos carrières ».

C’est là que la politique retrouve sa raison d’être : servir la nation plutôt que l’exposer, rapprocher les Congolais plutôt que les diviser et transmettre aux générations futures un pays où l’on peut défendre ses convictions sans prendre les armes.

Car le véritable triomphe politique ne devrait pas être la victoire d’un camp sur un autre par la force, mais celle de la République sur la violence, du dialogue sur la confrontation et de l’unité nationale sur les ambitions individuelles.

Michel Kasanga | J.R.P

dans la même rubrique

Cathy Sakombi Moleka plaide pour une démocratie forte, des libertés garanties et une paix durable...

Intervenant lors de la 5ᵉ session consacrée aux droits constitutionnels, aux libertés fondamentales et à l’espace démocratique, l’honorable Cathy...

Tryphon Kin-Kiey Mulumba appelle à l’unité nationale et réaffirme son soutien à Félix Tshisekedi

Dans un message adressé aux Congolaises et aux Congolais le 14 octobre 2026, le professeur honorable Tryphon Kin-Kiey Mulumba,...

Augustin Kabuya reçoit la famille de Manacé Lomboto et l’exhorte à faire confiance à la...

Dans le cadre des démarches entreprises par la famille de Manacé Lomboto pour obtenir la restitution de la dépouille...

Vital Kamerhe renouvelle son soutien à Félix Tshisekedi et lance un message ferme à Joseph...

Dans son adresse à la nation, Vital Kamerhe réaffirme son soutien au président Félix Tshisekedi et dénonce ce qu’il...

Kinshasa : face aux déclarations de Joseph Kabila, Daniel Bumba rassure la population et lance...

Les récentes déclarations de l’ancien président Joseph Kabila ont été au centre des discussions du Conseil provincial de sécurité,...

Kinshasa : Daniel Bumba passe à l’action avec la reprise des opérations gratuites de chirurgie...

Les promesses se concrétisent à Kinshasa. Les interventions chirurgicales gratuites annoncées récemment par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki ont...

UNIKIS : EN 15 MOIS DE GESTION, LA COORDINATION ESTUDIANTINE SALUE 15 GRANDES RÉALISATIONS DU...

De la modernisation des infrastructures à l'amélioration des conditions de vie des étudiants, en passant par la connectivité Internet,...

RDC : Après un long silence, Vital Kamerhe sort de sa réserve et annonce une...

Resté discret depuis un long moment, Vital Kamerhe s’apprête à reprendre la parole sur la situation politique et sécuritaire...