En marge de la Semaine nationale du climat, plusieurs personnalités se sont succédé pour apporter leurs éclairages sur les enjeux environnementaux, économiques et sociaux liés à la préservation des forêts en République démocratique du Congo. Olivier Mushiete, Philippe Ngwala Malemba et l’honorable Flory Nzondomio ont notamment partagé leurs expériences et leurs analyses autour de la valorisation du crédit carbone, du financement des projets environnementaux et de la protection des communautés riveraines des forêts.
Olivier Mushiete : l’expérience du terrain au service du crédit carbone
Intervenant sur la question du crédit carbone, Olivier Mushiete, promoteur du projet du village Ibi, situé sur le plateau des Batéké, a partagé son expérience dans le domaine de la reforestation et de la valorisation des ressources forestières.
Il a rappelé que les premières plantations d’arbres sur ce site remontent à 2008, sur une superficie initiale de 800 hectares.
Aujourd’hui, les résultats de cet investissement sont visibles, avec une forêt qui s’est progressivement développée et qui contribue à la création de nouveaux stocks de carbone.
Selon lui, cette expérience démontre qu’il est possible de concilier exploitation des ressources naturelles et préservation de l’environnement. Il a notamment expliqué que les arbres coupés pour la production de makala repoussent rapidement, précisant qu’environ 10 % seulement de la forêt est exploitée.
Au-delà de la production de charbon de bois, le projet contribue également au développement des activités agricoles, notamment la culture du manioc et du maïs.
Fort de son expérience sur le terrain, Olivier Mushiete constitue ainsi un témoin privilégié des opportunités qu’offre le marché du carbone en RDC, particulièrement en matière de reboisement, de développement rural et de lutte contre les changements climatiques.
Philippe Ngwala Malemba : faire du crédit carbone une véritable opportunité de financement
Pour sa part, Philippe Ngwala Malemba, coordonnateur au Fonds social de la République, a abordé la question sous l’angle financier et économique.
Il a mis en évidence la dynamique autour de la valorisation des crédits carbone, qu’il considère comme une nouvelle stratégie de conversion des ressources naturelles en opportunités économiques.
Toutefois, il a insisté sur la nécessité de développer des projets bancables, présentant des garanties de rentabilité et capables d’attirer les financements.
À cet effet, il a souligné l’importance de disposer d’informations fiables, de réaliser des études de faisabilité rigoureuses et de bénéficier de l’accompagnement des institutions compétentes, notamment celles chargées de la régulation des marchés.
Pour Philippe Ngwala Malemba, la réussite de cette nouvelle dynamique dépend notamment de la capacité à structurer des projets crédibles, susceptibles de convaincre les investisseurs et les partenaires financiers.
Son intervention a ainsi permis de mettre en évidence un aspect essentiel du marché du carbone : au-delà de son intérêt environnemental, celui-ci nécessite des mécanismes financiers solides pour devenir un véritable levier de développement.
Flory Nzondomio : protéger la forêt, c’est aussi protéger l’être humain
De son côté, l’honorable Flory Nzondomio, élu de Libenge, dans la province du Sud-Ubangi, a placé la protection des forêts dans une perspective profondément humaine et sociale.
Pour cet élu, la forêt ressemble à une pharmacie naturelle dont la préservation est indispensable à la survie des populations. « Protéger la forêt, c’est protéger l’humain », a-t-il souligné.
Évoquant le paradoxe congolais, il a rappelé que la RDC dispose d’un important patrimoine forestier, représentant, selon les données qu’il a évoquées en se référant à la Banque mondiale, près de 70 % de son territoire national.
Pourtant, a-t-il déploré, les territoires forestiers figurent parmi les plus pauvres du pays.
Le député Flory Nzondomio a notamment dénoncé les conditions difficiles dans lesquelles vivent certaines communautés autochtones, pourtant considérées comme les premières gardiennes de ces espaces naturels.
Il a illustré cette contradiction par la situation de certains enfants contraints d’étudier à même le sol, alors que des décisions autorisant l’abattage des arbres sont prises dans leurs milieux de vie.
À travers cette interpellation, l’élu de Libenge a voulu attirer l’attention sur la nécessité de placer les communautés locales et autochtones au centre des politiques de conservation forestière.
Pour lui, la protection de l’environnement ne devrait pas se limiter à la préservation des arbres, mais doit également contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations qui dépendent directement de la forêt.
Trois approches complémentaires
Les interventions d’Olivier Mushiete, de Philippe Ngwala Malemba et de Flory Nzondomio ont ainsi permis d’aborder la question forestière sous trois angles complémentaires : l’expérience pratique de la reforestation, les mécanismes de financement du crédit carbone et la justice sociale au bénéfice des communautés locales.
Autant de préoccupations qui rappellent que le potentiel environnemental de la RDC doit davantage être transformé en opportunités économiques et sociales, sans compromettre la préservation de son patrimoine forestier.
Basile Mangebe
