L’année 2024 restera comme un tournant dramatique pour la Générale des carrières et des mines (Gécamines), symbole historique de la puissance minière congolaise. Une mission parlementaire, dont le rapport a été présenté début juin 2025, révèle une perte nette de 47,4 millions de dollars, conséquence d’un choix stratégique hasardeux.
Face à la baisse de sa capacité de production propre, Gécamines avait misé sur le « traitement à façon » (TAF), un mécanisme consistant à confier à des tiers le traitement de minerais, moyennant un partage des recettes. Loin de redresser l’entreprise, cette option a généré un désastre budgétaire : 58 millions de dollars investis, pour à peine 10,6 millions de chiffre d’affaires.
Selon les parlementaires, ce revers financier n’est pas un accident isolé, mais le symptôme d’une gouvernance en déliquescence. Le rapport met en lumière des carences structurelles, notamment le manque d’investissements dans la prospection, la certification des réserves et la modernisation des équipements. Des domaines pourtant cruciaux pour la relance d’un géant minier.
Le document accuse également les dirigeants de Gécamines d’avoir fait preuve d’un optimisme excessif, voire d’improvisation stratégique. En l’absence d’un plan industriel clair, l’entreprise semble avoir navigué à vue, sans réelle capacité d’anticipation ni évaluation rigoureuse des risques financiers liés au TAF.
Cette débâcle intervient dans un contexte où la RDC multiplie les initiatives pour valoriser localement ses ressources minières. Or, le cas Gécamines souligne l’incapacité persistante de certaines entreprises publiques à tirer parti du boom des matières premières. Pendant que des opérateurs privés prospèrent, la compagnie étatique s’enfonce.
Le rapport parlementaire recommande une réforme en profondeur de la gestion de Gécamines, en appelant à plus de transparence et à une révision complète de sa stratégie opérationnelle. Il est également suggéré de renforcer le contrôle public sur les contrats de traitement sous-traités, afin d’éviter les montages défavorables à l’État.
Alors que Gécamines était autrefois la fierté du Katanga et un pilier de l’économie congolaise, cette perte record sonne comme un avertissement : sans gouvernance rigoureuse ni vision industrielle, même les ressources les plus abondantes peuvent se transformer en piège budgétaire.
Pamela Mbinga
