Tribune de Philippe Mpunga, juriste et magistrat de carrière)
« L’éternité politique, poison des Républiques africaines
Dans certains pays, la Constitution est un contrat sacré entre le peuple et la République. Chez nous, elle semble parfois devenir un simple brouillon que le pouvoir corrige selon ses ambitions du moment.
Dire : « Si le peuple décide, je briguerai un troisième mandat », c’est une formule politiquement élégante… mais intellectuellement dangereuse. Car les dictateurs de notre époque ne prennent plus le pouvoir par les armes ; ils empruntent désormais le vocabulaire de la démocratie pour mieux contourner l’esprit de la démocratie.
Le problème n’est pas le peuple. Le problème, c’est cette étrange habitude africaine où certains dirigeants découvrent soudainement “la volonté populaire” uniquement lorsque leur dernier mandat approche de l’expiration.
Quand la Constitution limite les mandats, elle ne combat pas un homme ; elle protège une nation contre la tentation de l’éternité politique. Même le soleil se couche pour permettre au monde de respirer.
Un grand dirigeant ne se mesure pas à sa capacité de rester au pouvoir, mais à son élégance à préparer l’alternance. Nelson Mandela est devenu immortel précisément parce qu’il a accepté de partir.
À force de vouloir prolonger les règnes, plusieurs chefs africains finissent par confondre la République avec un héritage familial, comme si l’État était un salon privé dont ils possèdent les clés.
Le peuple mérite mieux que des émotions électorales fabriquées. Il mérite des institutions fortes, des routes, des écoles, des hôpitaux, et surtout une culture politique où la Constitution ne change pas au rythme des ambitions personnelles.
Car lorsqu’un président commence à écouter “le peuple” uniquement pour rester, il cesse souvent d’entendre ce même peuple lorsqu’il souffre. «
Philippe Mpunga
Le Patriote
