Alors que les discussions autour d’une éventuelle réforme de la Constitution continuent d’alimenter la scène politique congolaise, Germain Kambinga appelle à dépasser les querelles politiciennes pour engager une réflexion de fond sur le modèle d’État que la République démocratique du Congo souhaite construire au XXIᵉ siècle.
Dans une analyse approfondie, l’ancien ministre estime que le débat actuel est largement déconnecté des véritables enjeux nationaux. Selon lui, une partie de l’opposition se limite à des comparaisons avec des modèles institutionnels étrangers sans tenir compte des réalités historiques, culturelles et politiques propres à la RDC.
Pour Germain Kambinga, la question essentielle n’est pas de savoir si le Congo doit copier la France, l’Allemagne ou toute autre démocratie occidentale, mais plutôt de définir un cadre institutionnel capable de répondre aux défis spécifiques du pays. Il considère que les grandes nations se sont développées en bâtissant des systèmes adaptés à leurs propres réalités et non en reproduisant mécaniquement des modèles importés.
L’ancien ministre de l’industrie souligne également que la Constitution actuelle porte les marques de son origine. Issue des compromis politiques conclus après les conflits armés, elle avait pour objectif principal de garantir la coexistence des différentes forces en présence. Vingt ans plus tard, il estime que plusieurs des objectifs poursuivis n’ont pas été atteints, notamment en matière de stabilité politique et de légitimité des institutions.
Selon lui, les contestations récurrentes des résultats électoraux, les tensions politiques permanentes et la persistance des menaces sécuritaires démontrent les limites du cadre institutionnel actuel. Il identifie par ailleurs plusieurs scénarios susceptibles de conduire, tôt ou tard, à une reconfiguration constitutionnelle du pays, qu’il s’agisse d’une consolidation de l’autorité de l’État, d’un dialogue politique, d’un changement de régime ou encore de l’évolution du conflit dans l’Est de la RDC.
Au-delà de ces hypothèses, Germain Kambinga insiste sur un principe fondamental : une Constitution doit être pensée pour encadrer les imperfections humaines et protéger l’intérêt général. « Le problème n’est pas l’existence de mauvais dirigeants, mais la capacité des institutions à limiter leur pouvoir de nuisance », soutient-il en substance.
Pour lui, le débat constitutionnel ne devrait donc pas être réduit à une confrontation autour des individus ou des ambitions politiques du moment. La véritable interrogation est de savoir quelles règles permettront à la RDC de préserver son intégrité territoriale, d’assurer sa stabilité politique et de transformer ses immenses ressources naturelles en prospérité collective.
À ses yeux, la réforme constitutionnelle ne doit pas être perçue comme un tabou, mais comme une opportunité historique de repenser les fondements de l’État congolais. « Quel État voulons-nous construire pour les prochaines générations ? » demeure, selon lui, la seule question qui mérite véritablement d’être au centre du débat national.
Jeff Saile
