À Kisangani, une question s’impose de plus en plus dans les débats politiques : qui protège réellement le gouverneur de la province de la Tshopo, Paulin Lendongolia, alors que son bilan est qualifié de catastrophique par la population ?
Près de trois ans après son accession à la tête de la province, de nombreux acteurs politiques, membres de la société civile et habitants dénoncent une gouvernance qu’ils jugent marquée par un manque de résultats concrets. Selon eux, les promesses de développement ont laissé place à la désillusion.
Sur le plan sécuritaire, les critiques estiment que l’insécurité demeure préoccupante dans plusieurs zones de la province. En matière d’infrastructures, le constat dressé à ce jour est tout aussi sévère : aucun kilomètre de voirie urbaine n’a été asphalté sous son mandat, tandis que les projets de réhabilitation des routes de desserte agricole dans les sept territoires de la Tshopo, pourtant annoncés avec beaucoup de publicité, tardent toujours à se concrétiser.
À Kisangani, plusieurs chantiers symbolisent, selon ces critiques, l’échec de l’action de l’exécutif provincial. Le tronçon reliant l’Hôpital général de référence de Makiso à l’orphelinat via ABC, dans la commune de Mangobo, est aujourd’hui envahi par la végétation, faute d’avancement des travaux. Les travaux de modernisation du Stade Lumumba, lancés sous l’administration de l’ancienne gouverneure Madeleine Nikomba, restent inachevés, tout comme le bétonnage du tronçon reliant le rond-point du Canon à la SGA.
Pour de nombreux observateurs locaux, ce bilan serait largement insuffisant au regard des attentes de la population. Pourtant, malgré les critiques récurrentes et les appels à une évaluation de sa gestion, Paulin Lendongolia continue de bénéficier d’un soutien politique qui intrigue.
Selon plusieurs acteurs politiques de la province, chaque tentative de contrôle ou de remise en cause de sa gouvernance à l’Assemblée provinciale est systématiquement freinée par des interventions venues de Kinshasa.
Des sources locales rapportent par ailleurs qu’une personnalité politique présentée comme l’un de ses principaux soutiens est arrivée à Kisangani ce mercredi 1er juillet. Cette présence alimente les spéculations sur une possible médiation politique destinée à préserver le gouverneur face aux tensions qui secouent actuellement la province.
Cette situation nourrit une interrogation grandissante : jusqu’à quand un gouverneur dont le bilan est aussi vivement contesté pourra-t-il continuer à bénéficier d’une telle protection politique?
Au-delà du cas de Paulin Lendongolia, certains analystes estiment que cette situation pourrait également avoir des conséquences politiques pour le Président de la République. En tant que représentant du Chef de l’État en province, le gouverneur est censé incarner l’action du pouvoir central. Si les attentes de la population restent insatisfaites, ces observateurs craignent que les nombreuses promesses formulées par le Président lors de la campagne présidentielle de décembre 2023 dans la Tshopo ne soient éclipsées par le manque de résultats au niveau provincial. Selon eux, ce décalage pourrait fragiliser l’image du pouvoir auprès de l’électorat local.
Antoine Botshili
