Face aux délestages, l’ingénieur-conseil Rémy Luvumbu propose une refonte du parc énergétique congolais pour renforcer la SNEL, réduire les pertes électriques et placer la souveraineté énergétique au cœur du développement de la RDC.
La modernisation du parc énergétique Congolais ; une option de souveraineté énergétique pour la RDC
La résolution de la problématique des délestages en RDC dépend directement du dynamisme et de l’intérêt que manifesteront les autorités congolaises et leurs investisseurs. Les décisions à prendre par ces dernières dans le respect des clauses du contrat d’objectifs devront converger avec les engagements des partenaires nationaux et internationaux.
Une fois les points précédents clarifiés et approuvés par les parties concernées, en particulier par les autorités de l’État congolais, il sera alors possible de préciser un calendrier de démarrage des phases d’exécutions et de réhabilitation de la Société national de l’Electricité avec des axes prioritaires.
Le financement préalable obligatoire correspond à la mise en place d’un Programme des Ateliers de Mise en Condition pour une Intégration Socioprofessionnelle, et au reconditionnement des équipements. Il permettra de déclencher les différentes séquences opérationnelles, qui commenceront par la formation des cadres et des techniciens locaux, ainsi que par la valorisation de la main-d’œuvre locale chargée des travaux de montage et d’assemblage des ouvrages préfabriqués.
Cette orientation est une partie intégrante du Projet Pilote de Reconfiguration du Parc Énergétique Congolais, pris comme référence pour la mise en œuvre d’une politique énergétique maîtrisée visant à assurer une souveraineté énergétique au Congo et ainsi répondre à la problématique minable des délestages dans les secteurs de l’eau potable et de l’électricité, avant d’envisager l’exportation de l’énergie congolaise.
Le reconditionnement des équipements, présenté précédemment, apporte une valeur ajoutée aux gammes de production, qui comprend notamment : les tableaux généraux de distribution, les tableaux de distribution électrique dédiés, les tableaux de comptage de l’eau et de l’électricité, les infrastructures de compensation, les unités de distribution et les ouvrages électromécaniques.
S’agissant d’une nouvelle ligne à haute tension de 400 kV pour la ville de Kinshasa ; sa construction ne devrait être engagée qu’après la maîtrise et l’optimisation des infrastructures existantes à 220 kV. Nous proposons donc, dans un premier temps, de conserver la configuration actuelle et d’étudier des procédés modernes de régulation et de compensation afin de réduire les pertes et d’accroître la capacité de transport, sans présumer d’un doublement qui devra être validé par les études techniques. Une architecture évolutive à double tension pourrait ensuite être envisagée pour limiter les investissements futurs lorsque le réseau passera à 400 kV, notamment après 2050 et en fonction de l’évolution réelle de la demande, y compris celle liée aux conditions d’introduction des véhicules électriques.
Toutefois, la mise en place d’une politique énergétique maîtrisée en République démocratique du Congo repose sur quatre axes complémentaires : la responsabilisation des autorités, l’établissement d’un cadre légal précis, la planification des ressources hydriques et hydroélectriques, l’organisation territoriale des capacités de production et de distribution.
La réussite de cette politique suppose que les autorités locales et les administrations provinciales assument pleinement leurs responsabilités et veillent au respect des engagements définis dans le cadre général de sa mise en œuvre.
À titre d’exemple, la ville de Kinshasa est actuellement desservie par deux ternes de 220 kV, d’une capacité annoncée de 400 MW chacune, soit une capacité théorique totale de 800 MW. Cependant, il a été observé des pertes de 17 % par rapport à la tension nominale de 220 kV correspondant à une tension d’arrivée de 182,6 kV. Cette baisse de tension ne permet toutefois pas, à elle seule, de conclure que la puissance active disponible est inférieure à 600 MW : cette valeur doit être établie à partir des mesures de puissance au départ et à l’arrivée, du courant transporté, du facteur de puissance et des pertes actives de chaque circuit. Hors à ce jour, les besoins actuels de Kinshasa seraient par ailleurs estimés à environ deux fois la capacité configurée de ces lignes.
Les pertes enregistrées sur les lignes alimentant Kinshasa doivent être comparées à la demande cumulée de Kimbanséké, de N’Djili, de Kisenso et de leurs extensions depuis 1985 à partir de données de consommation mesurées et présentées dans l’étude. Nous proposons donc le recours à des technologies modernes afin de réduire ces pertes et d’accroître la puissance transportable par les deux circuits existants. L’objectif annoncé de 1 800 MW à 2 000 MW représente une capacité de 2,25 à 2,5 fois supérieure à la capacité théorique actuelle de 800 MW ; il ne peut donc pas être présenté comme un simple doublement et doit être confirmé par des études de transit de puissance, de stabilité, d’échauffement, d’isolement et de tenue électromécanique. De ce fait, l’Etat congolais pourrait économiser jusqu’à 40 % des investissements prévu, de 90 millions d’euros.
Au regard de ces enjeux, la loi doit définir avec précision les principes directeurs nécessaires à la planification et à la gestion efficace des ressources hydriques et hydroélectriques du pays. Ce cadre doit également intégrer la stratégie nationale d’exportation de l’énergie produite en République démocratique du Congo, la préservation des réserves d’eau douce et les objectifs de l’ensemble des sous-secteurs. Il doit également encadrer les plans d’action nationaux et provinciaux, en précisant la hiérarchie des interventions, leurs modalités de mise en œuvre ainsi que les plans de développement fondés sur les besoins futurs.
Dans cette perspective, notre proposition va au-delà de l’élaboration d’une simple stratégie nationale. Elle vise à instaurer une politique énergétique cohérente et maîtrisée, intégrant à la fois la satisfaction des besoins nationaux et l’exportation d’une partie de l’énergie produite en République démocratique du Congo, après la reconfiguration de la topologie nationale. Une architecture à double jeu de barres avec couplage peut être étudiée aux niveaux de tension de 220 kV et de 400 kV afin d’améliorer la souplesse d’exploitation et la continuité de service. L’exploitation initiale des lignes d’interconnexions existantes en 220 kV et leurs éventuelle conversion ultérieure en 400 kV devront cependant être confirmées par une étude de faisabilité portant notamment sur le niveau d’isolement, les distances électriques, les pylônes, les conducteurs, les postes, les transformateurs, les protections et les équipements de coupure. Les travées primaires des interconnexions des provinces de 800MW pourront alors être conçues selon une logique évolutive, avec un raccordement initial en 220 kV et des interfaces préparées pour une conversion ultérieure vers 400 kV.
L’organisation territoriale du réseau devra accompagner l’extension des villes et des provinces du pays. S’il est possible d’atteindre une puissance globale de 100 à 120 GW, la demande nationale de référence correspondait à environ 76,9 et 92,3 GW, inclut une réserve de capacité de 30 % dont s’impose une configuration de 5 MW par circonscription de 30km2. Des postes de répartition de 30 MW regrouperaient chacune de six circonscriptions. Il convient donc de préciser que ce découpage concerne les zones desservies et non la totalité du territoire national. Les postes seraient conçus avec un dispositif d’injection de l’énergie issue de la cogénération. Cette organisation s’inscrit dans un projet global de développement de la République Démocratique du Congo sur une période de 20 ans.
Rémy Luvumbu
Ingénieur conseil, spécialiste en développement urbain
