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Stabilité monétaire et infrastructuresQuand la BCC soutient la reconstruction de la RDC

Par Léon ENGULU III

Depuis l’élection de Félix-Antoine Tshisekedi à sa tête, la République démocratique du Congo s’est engagée dans une phase décisive de sa reconstruction. Routes, ponts, rails et infrastructures sont en chantier dans tout le pays. Un acteur invisible soutient les grands travaux en cours : la Banque centrale du Congo (BCC).

L’appréciation du franc congolais, stabilisé autour de 2200 pour un dollar depuis octobre 2025, génère un dividende infrastructurel massif. En redonnant du pouvoir d’achat au Trésor public et aux entreprises de construction, la politique monétaire menée par le gouverneur de la BCC, André Wameso, stabilise les prix. Mais elle permet aussi de parachever les grands travaux à moindre coût et de multiplier le nombre de kilomètres de routes bitumées à travers le territoire national.


La vérité derrière les retards de paie


Avant d’analyser cette réussite dans les infrastructures, il convient de récuser le lien fait à tort par quelques économistes populistes, emmenés par le député national Godé Mpoy, entre les retards de paiement des agents publics constatés en janvier 2026 et un prétendu essoufflement des recettes dû au franc stabilisé à 2200 FC.
Ces retards, comme l’ont souligné plusieurs analyses budgétaires, notamment celles du Fonds monétaire international (FMI), sont liés à l’augmentation de la masse salariale, qui a fortement progressé pour intégrer des milliers de nouveaux magistrats, de médecins et surtout d’enseignants, indispensables pour répondre à l’explosion des effectifs scolaires née de la gratuité de l’enseignement.


À cet effort s’ajoute une priorité régalienne résultant du doublement de la solde des militaires et des policiers. Malgré ces charges budgétaires en augmentation et le contexte sécuritaire exigeant à l’est du pays, le franc congolais reste imperturbable. Cette stabilité monétaire permet la poursuite des programmes d’infrastructures de la présidence « Fatshi Béton » pour reconstruire le pays.


À 2200 FC pour 1 $, les routes sont moins chères


Le raffermissement du franc congolais à 2200 face au dollar en octobre 2025, contre 2800 précédemment, permet au secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), dont la majorité des intrants (engins de chantier, bitume, acier, carburant) sont indexés sur le dollar, de réaliser les constructions sans risque d’abandon de chantier lié à une explosion des coûts provoquée par un franc faible.
En août 2025 (taux à 2800 FC), un budget de 100 millions de dollars représentait une dépense de 280 milliards de francs congolais pour construire environ 100 kilomètres de routes. Depuis octobre 2025 (taux à 2200 FC), ce même budget de 280 milliards de francs permet de couvrir les dépenses pour 127 kilomètres de routes.


La stabilité monétaire poursuivie par le gouverneur

André Wameso offre ainsi 27 kilomètres de routes supplémentaires « gratuitement » à la nation pour chaque tranche de 100 millions de dollars investis. C’est ce gain de pouvoir d’achat infrastructurel qui permet d’accélérer le programme PDL-145T, de bétonner les routes de Kinshasa et des provinces sans creuser la dette publique.


Les BTP au travail !


La politique monétaire de la BCC, marquée par l’abaissement du taux directeur à 15 % en janvier 2026, change la donne pour les entrepreneurs locaux. La prévisibilité du franc autour de 2200 permet aux PME congolaises de planifier leurs achats de matériaux et de stabiliser leurs charges salariales sans craindre une dévaluation brutale qui dévorerait leurs marges en cours de chantier.
En améliorant les conditions de financement et en garantissant la valeur de la monnaie, la BCC permet aux ingénieurs congolais d’acquérir progressivement leur propre matériel de construction. Cette étape d’acquisition nationale d’équipements techniques est essentielle pour que les grands projets, comme celui du corridor de Lobito, profitent réellement au tissu économique national.


La stabilité monétaire accélère la croissance


Contrairement aux analyses pessimistes de certains critiques, la fermeté du franc congolais ne réduit pas mécaniquement les recettes comptables liées au taux budgétaire de la loi de finances ; elle peut aussi devenir un accélérateur de croissance. Une monnaie stable contribue à réduire le coût de la dette et à sécuriser l’investissement.
Chaque pont jeté et chaque kilomètre de bitume posé témoignent ainsi de l’importance de la stabilité monétaire. Dans une économie fortement dépendante des importations d’équipements et de matériaux, la solidité du franc constitue l’une des fondations invisibles de la reconstruction du pays.

Léon ENGULU III
Directeur Associé
Cabinet LECC

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