À vingt-quatre heures de l’opération dite de « ville morte », les signaux qui remontent du terrain ne plaident guère en faveur d’une mobilisation d’envergure.
À Kinshasa, les activités se poursuivent normalement et rien ne laisse présager une adhésion populaire significative à l’appel lancé par Jean-Marc Kabund et ses alliés.
Dans les marchés, les commerces, les entreprises et les transports en commun, les préoccupations du quotidien semblent largement prendre le pas sur les consignes politiques. Pour de nombreux Kinois, l’urgence demeure la recherche du pain quotidien plutôt que l’observation d’une journée de paralysie aux contours encore flous.
Des aveux de faiblesse ?
À mesure que l’échéance approche, certains soutiens de cette initiative paraissent déjà préparer le terrain en vue d’un éventuel revers. Faute de susciter une adhésion massive, ils semblent désormais miser sur une autre stratégie : la pression psychologique et l’intimidation.
Depuis plusieurs jours, des messages relayés sur les réseaux sociaux invitent les citoyens à rester chez eux et à ne pas faire circuler leurs véhicules, sous peine d’être pris à partie ou « corrigés ». Une telle démarche soulève de nombreuses interrogations. Depuis quand une mobilisation populaire se construit-elle sur la peur ? Depuis quand le succès d’un mouvement citoyen dépend-il de menaces adressées à ceux qui choisissent librement de ne pas y adhérer ?
Dans toute démocratie, la force d’une cause se mesure avant tout à sa capacité à convaincre et à rassembler volontairement. Lorsqu’un mouvement bénéficie d’un véritable ancrage populaire, il n’a nul besoin de recourir à l’intimidation pour exister.
Dès lors, une question se pose : face aux difficultés apparentes de mobilisation, le trio Kabila–Nanga–Kabund chercherait-il à instaurer un climat de peur afin de revendiquer, après coup, un succès artificiel ? Plusieurs observateurs n’écartent pas cette hypothèse au regard des messages qui circulent depuis quelques jours.
À la veille de cette journée annoncée, une certitude demeure : les Congolais restent libres de circuler, de travailler et de poursuivre leurs activités. Dans un État de droit, nul ne devrait être inquiété, menacé ou intimidé pour avoir exercé sa liberté de mouvement et son droit au travail.
Le verdict tombera dans quelques heures. Mais à J-1, de nombreux indicateurs semblent déjà dessiner une réalité difficile à ignorer : celle d’une mobilisation qui peine à convaincre et dont l’issue pourrait s’apparenter à un échec retentissant.
Antoine Botshili
