Le secrétaire général de l’UDPS rappelle aux alliés : le pouvoir de Félix Tshisekedi repose sur une coalition, avec des responsabilités et des devoirs partagés.
À la permanence de l’UDPS/Tshisekedi, vendredi 7 août, Augustin Kabuya a livré un message qui dépasse le cadre d’une simple causerie morale. En rappelant que « ce n’est pas le régime de l’UDPS, c’est celui de l’Union sacrée », le secrétaire général du parti présidentiel met en garde contre toute confusion entre le parti de Félix Tshisekedi et l’ensemble de la majorité. Une sortie qui intervient alors que les équilibres internes de la coalition font l’objet de nombreuses interrogations.
« Nous sommes dans une coalition »
Augustin Kabuya n’a pas choisi la langue de bois.
Devant les cadres et militants de l’UDPS/Tshisekedi, le secrétaire général a tenu à rappeler une donnée fondamentale de la configuration politique actuelle : Félix Tshisekedi exerce le pouvoir avec une majorité constituée de plusieurs forces politiques.
« Ce n’est pas le régime de l’UDPS, c’est celui de l’Union sacrée. Nous sommes dans une coalition », a-t-il déclaré.
Une phrase qui pourrait être considérée comme un véritable recadrage politique.
Car, dans le débat public, la frontière entre UDPS, parti présidentiel, et Union sacrée, plateforme de la majorité, est parfois volontairement ou involontairement brouillée.
Kabuya, lui, veut manifestement rétablir cette distinction.
« Sinon, qu’on nous laisse tous les postes »
Le secrétaire général de l’UDPS a ensuite lancé une formule qui ne devrait pas passer inaperçue :
« Sinon, qu’on nous laisse tous les postes et qu’ils soient dirigés par l’UDPS. »
Derrière cette déclaration se trouve une réalité institutionnelle : plusieurs responsabilités importantes sont confiées à des personnalités issues des différentes composantes de la majorité.
Les présidences des deux chambres du Parlement, plusieurs portefeuilles ministériels ainsi que d’autres responsabilités institutionnelles sont occupés par des personnalités issues des forces alliées à l’UDPS.
Pour Augustin Kabuya, il serait donc incohérent de considérer l’UDPS comme seule responsable de la gestion du pouvoir tout en bénéficiant, dans le même temps, d’une architecture institutionnelle construite autour de l’Union sacrée.
Aux alliés : assumer aussi les responsabilités
C’est probablement ici que se trouve le véritable fond politique du message.
Une coalition ne peut fonctionner à sens unique.
Lorsqu’une formation politique rejoint une majorité, elle ne bénéficie pas uniquement des avantages liés à sa participation au pouvoir. Elle est également appelée à défendre les choix collectifs, à soutenir les orientations convenues et à assumer les conséquences politiques des décisions prises.
Le message de Augustin Kabuya peut donc se lire comme une invitation adressée aux alliés : être dans l’Union sacrée, c’est participer au pouvoir, mais c’est aussi en porter collectivement la responsabilité.
L’UDPS ne renonce pas au leadership de Tshisekedi
Pour autant, le secrétaire général de l’UDPS ne remet nullement en cause le leadership de Félix Tshisekedi.
Le parti présidentiel demeure le principal soutien politique du chef de l’État et revendique son engagement à accompagner ses initiatives.
Mais Kabuya établit une nuance essentielle : le président de la République est issu de l’UDPS, tandis que la majorité qui soutient son action est plus large que l’UDPS.
C’est toute la différence entre le parti du chef de l’État et la coalition qui participe à la gouvernance du pays.
Changement constitutionnel : une coalition face à un choix politique majeur
Cette mise au point intervient également dans un contexte où la majorité est confrontée à plusieurs enjeux politiques majeurs, notamment le débat sur le changement de la constitution.
Sur cette question, comme sur d’autres dossiers, les différentes composantes de l’Union sacrée sont appelées à afficher leur position et à assumer leurs choix.
Pour l’UDPS, l’accompagnement du chef de l’État reste une ligne politique assumée.
Mais la question demeure : comment maintenir l’unité d’une coalition lorsque les intérêts, les ambitions et les lectures politiques de ses différentes composantes peuvent diverger ?
Kabuya ouvre un débat qui dépasse l’UDPS
La déclaration du secrétaire général de l’UDPS pourrait donc avoir des prolongements politiques.
En affirmant que « ce n’est pas le régime de l’UDPS, c’est celui de l’Union sacrée », Augustin Kabuya rappelle à la fois la réalité institutionnelle de la majorité et la nécessité pour ses différentes composantes d’assumer leur part du pouvoir.
Une manière de dire que l’Union sacrée ne peut être une coalition de circonstance : si elle gouverne ensemble, elle doit également répondre ensemble devant l’opinion.
Le débat est désormais posé.
L’UDPS a le président de la République. Mais, selon Augustin Kabuya, le pouvoir qui accompagne Félix Tshisekedi appartient à une coalition : l’Union sacrée de la Nation.
Jeff Saile
