Pour Augustin Kabuya, Jean-Claude Katende ne serait plus un simple défenseur des droits humains, mais un acteur politique qui aurait choisi de mettre son activisme au service d’un camp. Le secrétaire général de l’UDPS dénonce notamment ce qu’il considère comme une indignation sélective et un silence troublant face aux menaces visant le chef de l’État.
Depuis belle lurette, Jean-Claude Katende fait de la politique sous l’étiquette de son organisation de défense des droits de l’homme, estiment plusieurs observateurs. À leurs yeux, il ne s’agit plus véritablement d’un acteur neutre de la société civile, mais d’un homme engagé dans le combat politique.
« En réalité, Jean-Claude Katende est un acteur politique et non de la société civile », affirme Augustin Kabuya, qui le présente comme un proche de Moïse Katumbi.
Selon plusieurs témoignages rapportés par les observateurs de la scène politique congolaise, cette proximité remonterait à la période où Moïse Katumbi dirigeait encore le Katanga. Jean-Claude Katende aurait alors effectué plusieurs déplacements entre Kinshasa et Lubumbashi, où il aurait entretenu des contacts réguliers avec l’ancien gouverneur.
Lorsque Moïse Katumbi est passé dans l’opposition sous Joseph Kabila, Katende aurait, selon ces mêmes témoignages, régulièrement servi de relais pour dénoncer les abus attribués au pouvoir, moyennant, affirment certains témoins, des contreparties financières.
Une défense des droits humains à géométrie variable ?
Au-delà du cas Jean-Claude Katende, les observateurs s’interrogent sur le fonctionnement d’une partie de la société civile congolaise. Ils lui reprochent une défense des droits humains à géométrie variable : très prompte à dénoncer les actes du pouvoir, mais beaucoup plus silencieuse lorsque les menaces ou les abus proviennent de l’autre camp.
Pour Augustin Kabuya, la question est simple : les droits humains doivent-ils être défendus uniquement lorsque les abus sont commis par le pouvoir ?
Les défenseurs des droits humains, estiment les observateurs, devraient pourtant être indépendants des appartenances politiques et appliquer les mêmes principes à tous, y compris au président de la République.
Le silence face aux menaces contre Félix Tshisekedi
Le cas des propos de Henri Magie est notamment cité en exemple. Membre de l’AFC/M23, celui-ci aurait appelé à s’en prendre physiquement au président Félix Tshisekedi.
Face à de tels propos, Augustin Kabuya dénonce le silence de Jean-Claude Katende.
« Lorsqu’un Congolais appelle publiquement à l’assassinat du chef de l’État, celui qui se présente comme défenseur des droits humains devrait être parmi les premiers à condamner ces propos », fait valoir Kabuya.
Pour lui, la défense des droits humains ne peut être sélective. Une menace contre la vie d’un président de la République ne devrait pas être relativisée en fonction de l’identité de celui qui la profère ou de son appartenance politique.
Même lorsque le régime agit, aucune reconnaissance ?
Autre reproche formulé contre certains défenseurs des droits humains : leur tendance à ne relever que les insuffisances du régime Tshisekedi, sans jamais reconnaître les initiatives qu’ils pourraient considérer comme positives.
Cette attitude, estiment-ils, finit par donner l’impression que certains acteurs de la société civile ont déjà choisi leur camp politique.
« Même lorsque le régime fait quelque chose de bien, ils ne le félicitent ou ne l’encouragent jamais.
Pour eux, un véritable défenseur des droits humains devrait être capable de dénoncer ce qui est mauvais, mais aussi de reconnaître ce qui est positif, quelle que soit l’identité de l’auteur de l’action.
Une société civile appelée à clarifier sa position
Le débat ne porte donc plus uniquement sur Jean-Claude Katende, mais sur la crédibilité d’une partie de la société civile congolaise.
Peut-on véritablement se réclamer de la neutralité lorsqu’on affiche une indignation qui semble dépendre de l’identité de la personne mise en cause ?
C’est précisément ce que l’on dénonce. Car, le comportement de certains acteurs traduit moins une défense impartiale des droits humains qu’un engagement politique assumé sous une autre casquette.
« L’Udps connaît Katende à fond »
Pour Augustin Kabuya, le pouvoir Tshisekedi aurait compris depuis longtemps les méthodes qu’il attribue à Jean-Claude Katende. C’est, selon lui, la raison pour laquelle ses différentes prises de position n’auraient pas produit l’effet escompté.
« Voilà pourquoi ils n’ont pas mordu à son hameçon », affirme le secrétaire général de l’UDPS.
Kabuya estime que cette situation expliquerait l’attitude particulièrement critique de Jean-Claude Katende à l’égard de l’actuel régime.
Il invite ainsi les défenseurs des droits humains à revenir à ce qu’il considère comme leur mission première : défendre les droits de tous, condamner toutes les menaces contre la vie humaine, dénoncer tous les abus et reconnaître également les avancées lorsqu’elles existent, sans distinction de camp politique.
Car, au fond, le message porté par Augustin Kabuya est clair : les droits humains ne peuvent être ni de gauche ni de droite, ni de la majorité ni de l’opposition. Ils sont universels.
Antoine Botshili
