La récente décision du ministère de l’Éducation nationale d’autoriser les élèves enceintes à poursuivre leur scolarité continue de susciter des remous. L’église catholique, acteur majeur du système éducatif congolais, a clairement manifesté son opposition, affirmant qu’elle ne se sentait pas concernée par cette mesure qu’elle considère contraire à ses principes éducatifs.
Dans un communiqué publié mercredi 16 juillet, la Commission épiscopale pour l’éducation chrétienne, soutenue par la coordination nationale des écoles conventionnées catholiques, a justifié son refus par les termes de la convention signée avec l’État congolais. Elle rappelle que « l’article 5 de notre Convention, en tant qu’acquis (cf. Accord Spécifique sur l’Éducation, Art 17), insiste sur la moralité et la discipline de l’élève en matière de mœurs ». Pour l’Église, cette clause prévaut sur toute décision ministérielle non discutée au préalable.
Autre argument avancé : l’absence de notification officielle. Selon le communiqué, « Monsieur le Secrétaire Général est conscient que sa lettre ne concerne pas les Écoles conventionnées catholiques. C’est pour cette raison qu’il n’en a pas réservé copie au Coordinateur National des Ecoles Conventionnées Catholiques ». Une position ferme qui pousse les responsables d’écoles catholiques à orienter les jeunes filles enceintes vers des établissements publics « auxquels le ministère a adressé la note ».
Cette résistance ecclésiastique a reçu le soutien de plusieurs figures politiques de la majorité. L’ancien ministre de la Jeunesse, Billy Kambale, a qualifié la circulaire de « contraire à la morale et à l’éthique », estimant qu’elle aurait dû être examinée au Conseil des ministres. Pour Adam Bombole, candidat à la dernière présidentielle, cette décision du gouvernement équivaut à « encourager la prostitution infantile et la prolifération des filles-mères mineures ».
En revanche, des voix progressistes appuient la démarche gouvernementale, notamment l’ancien vice-ministre du Budget, Félix Momat, également gynécologue-obstétricien. Tout en reconnaissant le bien-fondé de la mesure, il plaide pour une approche intégrée : « Une stratégie cohérente reposant sur l’éducation sexuelle complète, des sanctions contre les auteurs de violences, ainsi qu’un accompagnement rigoureux est indispensable ».
Cette controverse met en lumière les tensions persistantes entre la modernisation des politiques publiques en matière d’éducation et les principes traditionnels des partenaires éducatifs, comme l’Église catholique. Au cœur de ce débat : la moralité, le droit à l’éducation pour toutes et la nécessité d’une société protectrice pour les jeunes filles vulnérables.
CB
