Par Pierre Kaji Nguya
La défection de Claude Ibalanky vers l’AFC/M23 marque un tournant sécuritaire et politique majeur pour la République Démocratique du Congo. Ancien Coordonnateur du Mécanisme National de Suivi (MNS) et Ambassadeur itinérant du Chef de l’État, son ralliement à la rébellion soulève des inquiétudes légitimes sur la fuite d’informations stratégiques concernant l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, dont il était le gardien. Face à cette trahison qui fragilise l’appareil d’État, le Président Félix-Antoine Tshisekedi envisagerait désormais le rappel de Léon Engulu III pour stabiliser une institution affaiblie et restaurer la profondeur stratégique nécessaire à la gestion du conflit régional.
Une trahison au cœur de l’État
Comment celui qui fut chargé de surveiller les engagements de paix a-t-il pu basculer dans le camp de ceux qui les piétinent ? Si certains observateurs pointent du doigt une ascendance maternelle rwandaise pour expliquer une certaine porosité identitaire, c’est le préjudice porté à la Nation qui glace le sang. Ibalanky dispose d’une cartographie précise des faiblesses structurelles de la RDC. Sa trahison offre à l’agresseur une intelligence de premier plan sur les rouages les plus sensibles de la défense et de la diplomatie congolaise. Face à ce séisme, la nécessité de stabilisation de la diplomatie régionale et du MNS devient une urgence vitale pour la survie de l’architecture de paix régionale.
L’urgence stratégique du recours à Léon Engulu III
Pour panser cette plaie et stabiliser une institution affaiblie par cette félonie, le nom de Léon Engulu III réapparaît avec la force de l’évidence. Son profil s’impose comme la solution de profondeur stratégique indispensable pour restaurer la crédibilité du Mécanisme. Architecte de l’ombre lors de la construction de l’accord de paix de 2013, il est l’un des rares techniciens à disposer de la profondeur analytique nécessaire à la gestion du conflit qui endeuille l’est de la RDC. Sa maîtrise des relations internationales et sa connaissance intime des Grands Lacs en font un profil respecté par la communauté internationale, qui voit en lui un interlocuteur dont la rigueur intellectuelle et la finesse d’analyse font autorité.
Son parcours est un plaidoyer pour le retour de l’expertise au sommet de l’État. Ancien conseiller politique aux Affaires étrangères et Coordonnateur intérimaire du MNS, il est rompu aux arcanes des négociations internationales. Sa légitimité est double. Elle est d’abord technique, portée par une érudition multifacette : major de philosophie à l’Université Libre de Bruxelles, ingénieur agronome, inventeur breveté et scénariste reconnu. Elle est ensuite historique : fils de Léon Engulu Baangampongo, ancien vice-président du Maréchal Mobutu et collaborateur d’Étienne Tshisekedi, père de l’actuel Président Félix-Antoine Tshisekedi, il incarne cette lignée de nationalistes dont la loyauté envers la République est inscrite dans l’ADN.
Un retour par droit de continuité pour sauver la diplomatie régionale de la RDC
Juridiquement, le retour de Léon Engulu III ne souffre d’aucune contestation. Son ordonnance de nomination n’ayant jamais été abrogée, il demeure de fait un cadre pilier du Mécanisme National de Suivi. Il est, pour ainsi dire, le dernier rempart technique capable de neutraliser l’influence des transfuges comme Corneille Nangaa ou Claude Ibalanky. Redouté par les négociateurs rwandais pour son rôle dans la défaite du M23 en 2013, ce porte-parole de la Fraternité des Filles et Fils des Pères Pionniers de l’Indépendance représente cette garde nationale qui ne trahit pas.
Alors que le MNS est bientôt confronté au renouvellement de sa direction, le rappel de Léon Engulu III permettrait non seulement de sécuriser les dossiers stratégiques, mais aussi de renvoyer à l’agresseur l’image d’une RDC qui réinvestit sa propre intelligence. Pour sauver l’Accord-cadre, réussir la mise en œuvre des négociations de Washington et stabiliser l’Est, le temps n’est plus aux apprentis, mais aux architectes éprouvés.
