Dans sa carte blanche n°292, Steve Mbikayi Mabuluki apporte une lecture nuancée de la crise que traverse la République démocratique du Congo. Le député national soutient que le dialogue politique, bien qu’essentiel dans une démocratie, ne peut constituer à lui seul une réponse à une crise aux dimensions sécuritaires, humanitaires, économiques, sanitaires et géopolitiques.
Le député national Steve Mbikayi Mabuluki, également président national du Parti Travailliste, relance le débat sur le dialogue politique en République démocratique du Congo à travers sa carte blanche n°292. S’il reconnaît que le dialogue demeure un mécanisme indispensable dans toute démocratie, il estime toutefois qu’il serait illusoire d’en faire la solution unique à la crise que traverse actuellement le pays.
Selon Steve Mbikayi, la RDC est confrontée à une crise « multiforme » où s’entrecroisent les défis sécuritaires, humanitaires, sanitaires, économiques et sociaux. En s’appuyant sur les sciences politiques, il explique que ces différentes vulnérabilités s’alimentent mutuellement, contribuant à l’affaiblissement progressif des capacités de l’État.
« Réduire la crise congolaise à un affrontement politique interne revient à ignorer sa nature hybride et en partie exogène », affirme-t-il. Pour l’élu, les difficultés que connaît la RDC dépassent largement les clivages entre majorité et opposition et s’inscrivent dans un contexte régional et international beaucoup plus complexe.
Steve Mbikayi souligne qu’aucun dialogue politique, même le plus inclusif, ne peut à lui seul mettre fin aux ingérences régionales qui entretiennent l’insécurité dans l’Est du pays, démanteler les groupes armés soutenus par des intérêts étrangers, répondre à la crise humanitaire touchant des millions de déplacés internes, reconstruire les infrastructures détruites par des décennies de conflits ou encore faire face aux épidémies telles que la Mpox, le choléra et la maladie à virus Ebola. Il estime également qu’un simple compromis politique ne saurait redresser durablement une économie qu’il juge structurellement fragilisée.
Revenant sur les différents dialogues organisés depuis plusieurs décennies en RDC, Steve Mbikayi observe que ceux-ci ont souvent débouché sur des compromis institutionnels, la formation de gouvernements d’union nationale ou encore l’intégration d’anciens groupes armés dans les forces de défense. Si ces mécanismes ont parfois permis de désamorcer certaines tensions, ils n’ont pas, selon lui, permis de traiter les causes profondes de l’instabilité.
À ses yeux, ces processus produisent même un effet pervers : les acteurs exclus des accords ou du partage du pouvoir finissent par rejoindre l’opposition, voire la rébellion pour certains, alimentant ainsi un nouveau cycle de contestation qui conduit, quelques années plus tard, à l’organisation d’un nouveau dialogue.
Face à ce qu’il qualifie de « piège de l’éternel recommencement », le président du Parti Travailliste plaide pour une nouvelle approche fondée sur une stratégie nationale cohérente. Celle-ci devrait articuler les réponses sécuritaires, diplomatiques, économiques, humanitaires et sanitaires afin d’agir simultanément sur toutes les dimensions de la crise.
Pour Steve Mbikayi, seule une telle vision permettra de s’attaquer durablement aux racines des difficultés auxquelles la RDC est confrontée. À défaut, prévient-il, « chaque dialogue ne sera qu’une parenthèse politique dans une crise qui, elle, restera entière ».
Jeff Saile
