(Par l’Honorable Dr Jean-Jacques MBUNGANI
Médecin, ancien Ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévention)
La République démocratique du Congo fait face, depuis le 15 mai 2026, à sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola. Déclarée à Mongwalu, en Ituri, elle est provoquée par la souche Bundibugyo, une souche rare pour laquelle il n’existe, à ce jour, aucun vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé.


Au 16 août 2026, le bilan est lourd : 4 945 cas confirmés et 2 325 décès. L’épidémie touche déjà 56 zones de santé dans six provinces et son évolution constitue désormais une menace majeure. Elle est devenue l’épidémie d’Ebola la plus meurtrière de l’histoire de la RDC.
L’analyse de la chaîne de transmission laisse penser que le virus circulait probablement depuis fin janvier 2026, soit près de trois mois avant sa détection officielle. Cette situation met en évidence des faiblesses dans notre système de surveillance, mais également dans l’organisation générale de la riposte.
Il faut néanmoins reconnaître l’effort considérable du Gouvernement, qui a mobilisé près de 50 millions de dollars américains, auxquels s’ajoute l’appui conséquent des partenaires techniques et financiers. Cette mobilisation traduit une volonté réelle d’endiguer l’épidémie. Le défi est désormais de transformer ces moyens importants en résultats rapides et perceptibles sur le terrain.

Des faiblesses qu’il faut corriger
Après trois mois de réponse, l’épidémie continue de progresser. L’heure n’est pas à la recherche de coupables, mais à l’identification des dysfonctionnements afin de les corriger.
La détection tardive constitue une première faiblesse. Certains cas ont initialement été confondus avec le paludisme ou la fièvre typhoïde. Il faut donc renforcer la surveillance communautaire, le traçage des contacts et clarifier les responsabilités entre les différentes structures chargées de la surveillance sanitaire.
La coordination de la riposte doit également être améliorée. Ebola exige une chaîne de commandement claire et une parfaite articulation entre les niveaux national, provincial et local. Les compétences des virologues sont indispensables, mais la gestion globale d’une telle crise nécessite aussi des spécialistes en santé publique, en épidémiologie, en logistique et en gestion des urgences sanitaires. Chaque expertise doit être placée là où elle est la plus efficace.
La troisième urgence concerne l’utilisation opérationnelle des ressources mobilisées. Malgré les moyens engagés par le Gouvernement et les partenaires, certaines zones touchées connaissent encore des difficultés d’approvisionnement en équipements de protection, intrants, carburant, moyens de transport ou capacités d’isolement et de laboratoire. Le contexte sécuritaire complique davantage la situation, plusieurs infrastructures sanitaires ayant été affectées ou détruites dans les zones de conflit.
Protéger ceux qui sont en première ligne
Une riposte ne peut réussir sans les femmes et les hommes qui la portent. Les revendications relatives au paiement des primes, les conditions difficiles de travail et les mouvements de grève observés dans certaines zones doivent donc recevoir des réponses rapides.
Le Gouvernement ayant mobilisé des ressources importantes, le paiement régulier et transparent des équipes de première ligne doit constituer une priorité absolue. Il faut également remettre à contribution les experts ayant acquis une expérience dans la gestion des précédentes épidémies.
La situation sécuritaire et sociale doit aussi être intégrée dans la stratégie. Les conflits armés, les déplacements de populations, l’exploitation minière anarchique et la mobilité transfrontalière favorisent la propagation du virus. À cela s’ajoutent la désinformation, la peur et la stigmatisation.
Les communautés doivent donc devenir des acteurs à part entière de la riposte. Les chefs locaux, responsables religieux, organisations communautaires et relais de proximité doivent être davantage associés au traçage, à la sensibilisation et à l’acceptation des mesures sanitaires.
Transformer les moyens mobilisés en résultats
Face à l’urgence, plusieurs ajustements me paraissent indispensables : renforcer le leadership opérationnel, associer davantage les experts expérimentés, réintégrer pleinement la riposte dans le système national de santé et établir une chaîne de commandement claire entre Kinshasa, les provinces et les zones de santé.
Il faut également mettre en place un plan opérationnel intensif, en classant les zones selon leur niveau de risque, renforcer le suivi des contacts et la surveillance aux principaux points d’entrée et de sortie, particulièrement sur les grands axes de mobilité.
Chaque dollar mobilisé doit pouvoir être relié à un résultat concret : un soignant payé et protégé, un contact suivi, un malade rapidement isolé, une communauté sensibilisée ou une chaîne de transmission interrompue.
Le temps de la responsabilité
Cette épidémie doit finalement nous conduire à dépasser la logique des réponses ponctuelles. Ebola doit devenir un test grandeur nature de la résilience de notre système de santé, conformément aux orientations du PNDS 2024-2033.
La RDC dispose d’une expérience considérable dans la lutte contre Ebola. Nous avons l’expertise, la mémoire institutionnelle et, aujourd’hui, des ressources importantes mobilisées par le Gouvernement avec l’accompagnement de nos partenaires.
Notre responsabilité collective est désormais de mieux organiser ces moyens, mieux coordonner les interventions et mieux protéger ceux qui sont en première ligne.
Les 2 325 décès enregistrés au 16 août nous imposent d’agir avec urgence. Il ne suffit plus de mesurer l’effort par les ressources engagées : il faut désormais le mesurer en vies sauvées et en chaînes de transmission interrompues.
L’heure n’est plus aux tâtonnements. L’heure est à l’efficacité, à la responsabilité et à l’unité nationale face à Ebola.
