Hier, Daniel Mwananteba défendait publiquement l’alliance entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe et figurait parmi les communicateurs du CACH. Aujourd’hui, après sa rupture avec l’UNC, il multiplie les accusations contre son ancien allié. Jusqu’où ira ce nouveau réquisitoire ?
Une recette périmée
Daniel Mwananteba, il est peut-être temps de changer de recette. Celle qui consiste à présenter Vital Kamerhe comme Rwandais, Burundais ou Ougandais dès que la conjoncture politique l’exige est désormais périmée.
Mais voilà qu’à cette recette s’ajoute désormais une nouvelle série d’accusations.
Dans des propos rapportés récemment, Mwananteba affirme que Vital Kamerhe aurait, dès 2019, cherché à affaiblir Félix Tshisekedi au sein de l’UDPS alors qu’il se présentait comme son allié. Il affirme notamment que Kamerhe aurait cherché à gagner l’adhésion de certains militants de l’UDPS en leur offrant des motos.
Mwananteba rapporte également une conversation qu’il dit avoir eue avec Kamerhe après une visite à Limete. Selon son propre récit, Kamerhe lui aurait fait part de son intention de récupérer politiquement certains militants venus l’accueillir afin de les rallier à sa propre personne.
Ce sont là des affirmations de Mwananteba, fondées sur son propre récit des événements. Elles demanderaient, pour être établies comme des faits, des éléments indépendants permettant de les vérifier.
Mais le contraste avec le discours d’hier interpelle.
En 2019, Mwananteba était présenté comme l’un des communicateurs du CACH et défendait publiquement le tandem Félix Tshisekedi–Vital Kamerhe. Plus tard, après sa rupture avec l’UNC, il a exprimé publiquement sa déception envers Kamerhe et tenu des propos très critiques à son égard.
Alors, que s’est-il réellement passé entre hier et aujourd’hui ?
Nous qui te connaissons savons les efforts que tu avais consentis pour te rapprocher de ce cercle. Nous avons vu cette proximité se construire. C’est précisément pour cette raison que le contraste entre ton discours d’hier et celui d’aujourd’hui interpelle.
Hier, la proximité. Hier, la confiance. Hier, la défense de l’alliance. Aujourd’hui, les accusations et le réquisitoire.
Voilà qui mérite au moins une explication.
Car à force de multiplier les révélations tardives sur un ancien allié, le risque est de donner l’impression que Vital Kamerhe devient progressivement le principal sujet de ton propre discours politique.
Et c’est là que l’on peut légitimement se demander : Vital Kamerhe est-il devenu ton fonds de commerce politique ?
Il existe malheureusement une vieille facilité dans certains discours politiques : dès qu’un Congolais originaire de l’Est accède à une certaine notoriété, certains s’empressent de questionner son identité.
Rwandais ? Burundais ? Ougandais ?
Comme si être originaire de l’Est constituait automatiquement une suspicion. Comme si certains Congolais devaient, plus que les autres, constamment démontrer qu’ils appartiennent à leur propre pays.
La République démocratique du Congo est pourtant un pays vaste, complexe et profondément divers. Ses populations, son histoire et ses frontières ne se résument pas aux raccourcis de circonstance.
Quant aux origines de Vital Kamerhe, elles ne devraient pas devenir une variable d’ajustement au gré des rivalités politiques. Une accusation répétée n’est pas une preuve, et une insinuation ne devient pas une vérité parce qu’elle est répétée à longueur de discours.
Nous qui avons eu l’occasion de nous rendre jusqu’au village d’origine de Vital Kamerhe et de nous intéresser à ses racines, nous ne pouvons donc rester silencieux lorsque des affirmations de cette nature sont avancées sans éléments solides.
La politique autorise la critique. Elle autorise le désaccord. Elle autorise même l’affrontement le plus rude.
Mais elle ne devrait pas obliger à réécrire hier pour justifier les combats d’aujourd’hui.
Et puis, Mwananteba, souviens-toi d’une chose : on ne foule pas à pied la pirogue qui t’a aidé à traverser la rivière pendant la période de disette.
Souviens-toi de la pirogue. Souviens-toi de la traversée. Et surtout, souviens-toi de celui qui t’a permis d’atteindre l’autre rive.
J’ai dit.
Alors, si Vital Kamerhe est devenu ton fonds de commerce politique, il serait peut-être temps de trouver un autre sujet.
Car à force de faire d’un seul homme le centre de ton discours politique, tu finis par laisser croire que ton propre parcours politique peine à se distinguer de tes attaques contre lui.
Cherche donc une autre recette, Mwananteba. Celle-ci est périmée.
Jeff Saile
