L’annonce par l’Inspection générale des finances (IGF) du déploiement de 118 inspecteurs dans près de 200 entités publiques, dont plusieurs intervenant dans la chaîne de gestion des ressources minières, marque sans doute l’une des premières grandes offensives de contrôle engagées sous la direction de Christophe Bitasimwa Bahii.
Une initiative qui intervient dans un contexte où le secteur minier demeure le principal pilier de l’économie congolaise et la principale source potentielle de recettes publiques.
Si la démarche est globalement saluée, elle soulève néanmoins des interrogations quant à son calendrier. Pour de nombreux observateurs, cette mission de grande envergure arrive plusieurs mois après la prise de fonctions du nouveau chef de service de l’IGF, alors que les attentes étaient particulièrement fortes en matière de contrôle des flux financiers générés par l’exploitation minière.
Le secteur minier congolais concentre en effet des enjeux financiers considérables. Chaque année, des millions de dollars sont générés à travers l’exploitation et l’exportation du cuivre, du cobalt, de l’or, du coltan et d’autres minerais stratégiques.
Pourtant, malgré cette richesse, la question de la maximisation des recettes de l’État demeure récurrente. Des experts dénoncent régulièrement des insuffisances dans le suivi des déclarations de production, des exportations, des paiements fiscaux et parafiscaux, ainsi que des risques de sous-évaluation ou de fraude.
Dans ce contexte, certains analystes estiment que l’IGF aurait dû faire du secteur minier une priorité dès les premiers mois de la nouvelle direction. Ils rappellent que sous l’ère de Jules Alingete, l’institution s’était imposée comme un acteur central du contrôle des finances publiques, multipliant les missions d’audit, les enquêtes et les actions de sensibilisation visant à renforcer la transparence dans la gestion des ressources publiques.
Pour ces observateurs, la comparaison entre les deux responsables est inévitable. Là où Jules Alingete avait rapidement imprimé sa marque à travers une communication offensive et des contrôles réguliers dans plusieurs secteurs sensibles, Christophe Bitasimwa est parfois perçu comme plus discret. Cette discrétion est interprétée par certains comme un manque de visibilité de l’action de l’IGF, même si ses proches soutiennent qu’il privilégie une approche plus technique et moins médiatique.
Au-delà du débat sur le timing, la véritable question reste celle des résultats. Les inspecteurs déployés devront notamment vérifier les mécanismes de collecte des revenus, le respect des obligations fiscales et douanières des entreprises concernées, la conformité des procédures administratives ainsi que l’efficacité des structures publiques impliquées dans la gestion du secteur minier.
Les attentes sont d’autant plus élevées que les besoins de financement de l’État ne cessent de croître. Dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, sociaux et infrastructurels importants, chaque dollar supplémentaire récupéré ou sécurisé grâce à un meilleur contrôle des recettes minières peut avoir un impact significatif sur les finances publiques.
Pour plusieurs experts, cette mission représente donc un test majeur pour la nouvelle direction de l’IGF. Si elle débouche sur des recommandations pertinentes, des corrections de dysfonctionnements et une augmentation tangible des recettes versées au Trésor public, elle pourrait renforcer la crédibilité de Christophe Bitasimwa et démontrer que l’institution conserve son rôle de vigie des finances publiques.
Dans le cas contraire, les critiques sur un réveil tardif de l’IGF dans le secteur minier risquent de se renforcer. Car au-delà des annonces et du déploiement des équipes sur le terrain, c’est la capacité de l’institution à produire des résultats mesurables et durables qui sera jugée par l’opinion publique et les acteurs du secteur.
Antoine Bitshili
