Quatorze ans après une dénonciation ayant conduit au recouvrement de plus de 108 millions de dollars au profit du Trésor public, l’expert et aviseur Coco Engongolo Ilombe attend toujours le paiement de la prime qu’il estime lui être due.
Malgré plusieurs correspondances du ministère des Finances adressées à la Direction générale des douanes et accises (DGDA), aucune réponse officielle n’a été fournie à ce jour. Une situation qui soulève des interrogations sur l’exécution des instructions de la hiérarchie.
Le ministère des Finances relance un dossier resté sans suite
Le ministère des Finances a officiellement relancé la Direction générale des douanes et accises (DGDA) concernant la réclamation de la prime d’aviseur introduite par Coco Engongolo Ilombe, expert ayant participé à une mission de contrôle à l’origine d’un important redressement fiscal en 2012.
Dans une correspondance signée par Alain Malata Kafunda, directeur de cabinet du ministre des Finances, il rappelle qu’une première demande d’informations avait été adressée au directeur général de la DGDA le 10 janvier 2025. Selon le ministère, cette lettre, réceptionnée le 13 janvier de la même année, est demeurée sans réponse.
Face à cette absence de réaction, une nouvelle relance a été envoyée afin d’obtenir des éclaircissements sur la gestion du dossier ainsi que sur la répartition du contentieux qui en a découlé.
Une dénonciation à l’origine d’un recouvrement de 108 millions USD
L’affaire remonte au 4 juillet 2012. Dans un mémorandum adressé au ministère de la Justice, Coco Engongolo Ilombe dénonçait de présumées fraudes douanières à la frontière entre la RDC et la Zambie, dans l’ex-Katanga.
À la suite de plusieurs réunions techniques, une mission officielle de vérification fut diligentée par le ministère des Finances sur instruction du Premier ministre. Les investigations menées à Lubumbashi ont abouti à un redressement et à des amendes évalués à 108.037.113,70 dollars américains au profit du Trésor public.
Coco Engongolo revendique sa qualité d’aviseur
Selon les documents consultés, Coco Engongolo Ilombe ne s’est pas limité à signaler les irrégularités. Il a également participé aux opérations de contrôle en qualité d’expert et d’aviseur au sein d’une mission composée notamment de représentants des ministères des Finances et de la Justice, de la DGDA ainsi que du CENAREF.
S’appuyant sur son implication dans la dénonciation et les investigations ayant conduit au recouvrement des fonds, il estime avoir droit à la prime d’aviseur prévue par la législation congolaise.
Par l’entremise de son avocat, Maître Toussaint Alonga, plusieurs démarches administratives et judiciaires ont été entreprises pour obtenir le règlement de cette créance.
Une demande soutenue par le cadre légal en vigueur
Dans ses différentes correspondances, Coco Engongolo Ilombe rappelle que le ministre des Finances a saisi à plusieurs reprises la hiérarchie de la DGDA, notamment par les lettres référencées CAB/MIN/FINANCES/JUR/TGK/DN/2024 du 10 janvier 2025 et n°4607/CAB/MIN/FINANCES/JUR/TGK/DN/2025 du 8 décembre 2025.
Les copies de ces courriers ont été transmises à plusieurs hautes autorités, dont le Vice-Premier ministre en charge du Budget, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, ainsi que la vice-ministre des Finances.
Le requérant invoque également l’Arrêté interministériel n°337/CAB/MIN/JGS/2025 et n°CAB/MIN/FINANCES/2025/004 du 13 mars 2025 portant modalités de répartition des fonds confisqués dévolus à l’État, qu’il considère comme une base juridique renforçant sa demande.
Une action en justice désormais envisagée
Face à l’absence persistante de réponse de la DGDA, l’avocat de Coco Engongolo Ilombe hausse le ton et n’écarte plus la voie judiciaire.
« Le recouvrement a bel et bien eu lieu et les intervenants ont été rétribués, sauf mon client alors qu’il a été à l’origine de la dénonciation et a participé à la mission de contrôle », soutient Maître Toussaint Alonga.
À défaut d’un règlement administratif rapide, le conseil du requérant affirme que son client se réserve le droit de saisir les juridictions compétentes afin d’obtenir la reconnaissance et le paiement de ses droits.

Espedi Saile
