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Après Rome les voilà à Bruxelles : les ténors de C64 en villégiature en Europe

Après leur conclave de Rome, où ils ont annoncé vouloir jouer les intermédiaires entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, les ténors de la Coalition Article 64 (C64) poursuivent leur tournée européenne avec une étape à Bruxelles. Une initiative qui soulève de nombreuses interrogations sur leurs véritables motivations, leur positionnement face à l’ancien président Joseph Kabila et leur capacité à incarner une opposition crédible.

Pendant ce temps, Félix Tshisekedi porte le dossier sécuritaire congolais jusqu’à Moscou, auprès de Vladimir Poutine. Deux démarches diplomatiques, deux approches et surtout deux agendas politiques qui méritent d’être analysés.

Après Rome, les voilà à Bruxelles. Les ténors de la Coalition Article 64 (C64) poursuivent leur périple européen, dans un contexte politique congolais marqué par la montée des tensions autour de l’ancien président Joseph Kabila, désormais associé à la dynamique du Front de refondation de la nation (FRN). Après avoir tenu leur conclave en Italie, les opposants congolais entendent prolonger leurs consultations sur le Vieux Continent.

Selon les informations relayées autour de leur déplacement, ils devraient notamment être reçus auprès des institutions de l’Union européenne.
Mais derrière cette tournée européenne, une question fondamentale se pose : que recherchent réellement les responsables de la C64 et au nom de quels intérêts prétendent-ils parler ?

À Rome, leur principale annonce a été de se proposer comme intermédiaires entre le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo et son prédécesseur Joseph Kabila, dans la perspective d’un dialogue national inclusif. Une proposition qui, loin de faire l’unanimité, suscite étonnement, interrogations et critiques dans l’opinion.

En effet, le choix de se positionner comme médiateur entre les deux personnalités intervient dans un contexte particulièrement sensible. Joseph Kabila, qui a dirigé la RDC pendant dix-huit ans, est aujourd’hui au centre d’une controverse politique et sécuritaire majeure, notamment depuis son rapprochement avec le Front de refondation de la nation.
Dès lors, la démarche de la C64 pose un véritable problème de positionnement politique. Comment une plateforme qui se présente comme défenseure de l’ordre constitutionnel peut-elle envisager une médiation avec un ancien chef de l’État dont les rapports avec le pouvoir actuel sont désormais marqués par de graves accusations liées à la crise sécuritaire dans l’Est du pays ?

Une médiation qui ressemble à une opération de sauvetage politique ?

L’analyse de cette initiative conduit à s’interroger sur les motivations profondes de certains ténors de la C64.
Il n’est un secret pour personne que plusieurs figures de cette plateforme ont, à différentes périodes, évolué dans des configurations politiques où leurs intérêts ont pu converger avec ceux de Joseph Kabila. Les rapprochements politiques, les alliances et les déclarations communes du passé constituent autant d’éléments qui alimentent aujourd’hui le débat sur leur indépendance vis-à-vis de l’ancien régime.

Dans ce contexte, leur proposition de médiation peut difficilement être appréciée sans tenir compte de cette histoire politique.
Pour certains observateurs, cette démarche pourrait être interprétée comme une tentative de redonner une issue politique à Joseph Kabila, dont la position est devenue particulièrement délicate depuis son implication dans la nouvelle dynamique politique et sécuritaire portée par le FRN.

L’hypothèse d’une opération de repositionnement politique mérite donc d’être examinée. L’ancien président aurait-il besoin d’intermédiaires politiques pour retrouver une certaine légitimité dans le débat national ? La C64 chercherait-elle à se rendre incontournable en s’attribuant un rôle de facilitateur dans une crise dont les responsabilités et les enjeux dépassent largement les querelles entre acteurs politiques ?

Autant de questions qui méritent des réponses.
Car le problème fondamental de la RDC ne se résume pas à un différend personnel entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Il concerne avant tout la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale, la sécurité des populations et le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire.

Réduire cette crise à un face-à-face entre deux personnalités politiques reviendrait à en minimiser la dimension sécuritaire et nationale.

La C64 déjà divisée sur sa propre initiative

Plus révélateur encore, la proposition issue du conclave de Rome ne semble même pas faire l’unanimité au sein de la coalition.

En effet, la Conférence des présidents de la C64 a publiquement recadré son Présidium et rejeté l’idée d’une médiation conduite par cette instance entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila. Elle estime notamment que toute initiative engageant la plateforme doit respecter ses mécanismes de gouvernance et le principe de collégialité.

Cette prise de distance est politiquement significative. Elle révèle des divergences internes sur l’orientation de la coalition et fragilise davantage la portée de l’initiative annoncée à Rome.
Difficile, dans ces conditions, de comprendre comment une plateforme qui peine à harmoniser ses propres positions pourrait prétendre jouer un rôle déterminant dans le règlement d’une crise nationale aussi complexe.

Avant de vouloir réconcilier les autres, la C64 devrait peut-être commencer par accorder ses propres violons.

Bruxelles : plaider pour qui et auprès de qui ?

L’étape bruxelloise soulève une autre interrogation.
Si les responsables de la C64 sont effectivement reçus par des représentants de l’Union européenne, quel message comptent-ils porter ? Vont-ils défendre la souveraineté de la RDC, condamner les violences et les ingérences extérieures, ou chercher à promouvoir leur propre lecture de la crise politique congolaise ?
La question est d’autant plus importante que la situation dans l’Est du pays exige une position claire de toutes les forces politiques congolaises.

L’Union européenne ne devrait pas être considérée comme une tribune destinée à régler les ambitions personnelles des acteurs politiques congolais. Les interlocuteurs européens attendent certainement davantage qu’une simple proposition de médiation entre deux personnalités.
La C64 devra donc démontrer qu’elle dispose d’une vision cohérente de la sortie de crise, au-delà des déclarations politiques et des déplacements à répétition.

Une opposition crédible ne se construit pas uniquement dans les capitales européennes. Elle se construit également par la cohérence des positions, la clarté des propositions et surtout la capacité à défendre prioritairement les intérêts de la population congolaise.

Pendant ce temps, Félix Tshisekedi porte le dossier congolais à Moscou

Pendant que les ténors de la C64 poursuivent leurs consultations européennes, Félix Tshisekedi se trouve à Moscou, où il participe au troisième Sommet Russie-Afrique.
Le contraste entre les deux agendas mérite d’être souligné.

À Moscou, le chef de l’État congolais a sollicité le soutien de la Fédération de Russie, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, pour l’application effective des résolutions 2773 et 2808 relatives à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.

Son appel porte notamment sur la cessation des hostilités, le retrait du M23 des zones occupées, la fin du soutien rwandais à cette rébellion ainsi que le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.

Félix Tshisekedi a également défendu la diversification des partenariats internationaux de la RDC, précisant que cette démarche ne signifie pas un alignement sur un camp, mais vise à renforcer la liberté de décision du pays au service de sa population.

Cette démarche s’inscrit dans une logique diplomatique où la RDC cherche à mobiliser davantage de partenaires internationaux autour de sa sécurité et de son intégrité territoriale.
Il ne s’agit donc pas simplement d’un déplacement présidentiel, mais d’une offensive diplomatique visant à faire entendre la position congolaise auprès d’une puissance disposant d’un poids considérable au Conseil de sécurité.

La bataille de la crédibilité politique

Au fond, la tournée européenne de la C64 intervient à un moment où cette plateforme doit clarifier son identité politique et sa véritable ligne de conduite.

Se présenter comme une troisième voie entre le pouvoir de Kinshasa et le Front de refondation de la nation ne suffit pas. Encore faut-il démontrer que cette position repose sur des principes constants et non sur des calculs dictés par les circonstances.

La question de fond reste entière : la C64 veut-elle défendre l’ordre constitutionnel et la souveraineté de la RDC ou cherche-t-elle à devenir un nouvel espace de négociation entre les différentes personnalités politiques qui ont dirigé ou ambitionnent de diriger le pays ?
Quant à Félix Tshisekedi, acceptera-t-il de donner suite à une proposition de médiation portée par une plateforme dont les propres composantes ne semblent pas partager la même lecture de cette initiative ?

Rien n’est moins sûr.
Une chose demeure cependant : la crise congolaise ne peut être résolue par des arrangements entre acteurs politiques au détriment de la vérité, de la souveraineté nationale et des aspirations du peuple congolais. Le dialogue, s’il doit avoir lieu, ne devrait jamais devenir un mécanisme de blanchiment politique ou une porte de sortie pour ceux qui auraient des responsabilités à assumer dans la crise actuelle.

Après Rome, Bruxelles sera-t-elle une nouvelle étape dans la recherche d’une solution à la crise congolaise ou simplement une autre escale dans le repositionnement politique des ténors de la C64 ? L’avenir permettra d’en juger.

Jeff Saile

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