À Kinshasa, la convocation du directeur général et directeur de publication du trihebdomadaire AfricaNews, Achille Kadima Mulamba, ainsi que deux de ses collaborateurs, fait grand bruit dans les milieux médiatiques. Les trois journalistes ont été appelés à comparaître devant le Parquet général près la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe, à la suite d’une plainte déposée par François Muamba Tshishimbi, coordonnateur du Conseil présidentiel de veille stratégique (CPVS).
Selon les avocats d’AfricaNews, cette plainte serait liée à la publication, en août 2025, d’un rapport interne du CPVS dénonçant de sérieuses irrégularités dans la gestion du projet de 1 000 logements sociaux à Mukilango, initié par le président Félix Tshisekedi. Le document met en cause l’ancien ministre des Finances, Nicolas Kazadi, accusé d’avoir octroyé un marché de 57,48 millions USD à l’entreprise MILVEST, dont plus de 94 % des fonds auraient été décaissés sans livraison des maisons, malgré un taux d’exécution physique de seulement 27 %.
Pour plusieurs défenseurs de la liberté de la presse, cette procédure judiciaire soulève des inquiétudes sur l’indépendance des médias en RDC. « Il est légitime de se demander en quoi la publication d’un rapport d’intérêt public peut nuire à un responsable politique, surtout lorsqu’elle met en lumière une mauvaise gestion des fonds publics », s’interroge un activiste des droits humains. Certains y voient une tentative d’intimidation, visant à museler les journalistes qui traitent de sujets sensibles liés à la gouvernance et à la transparence.
Cette affaire survient dans un climat tendu pour la presse congolaise. Elle intervient quelques heures seulement après le placement sous mandat d’arrêt provisoire du journaliste Gauthier Sey, directeur de Netic News. Deux cas en une semaine qui ravivent le débat sur la protection des professionnels des médias en RDC, à l’heure où la liberté d’informer demeure l’un des piliers d’une démocratie en construction.
CB
