Le procès de l’ancien chef rebelle congolais Roger Lumbala, accusé de complicité de crimes contre l’humanité pour des faits commis dans l’est de la RDC entre 2002 et 2003, s’est ouvert mercredi devant la Cour d’assises de Paris. Poursuivi dans le cadre d’une enquête lancée en 2016, Lumbala répond de son rôle présumé dans les violences ayant endeuillé le pays au début des années 2000. Ce procès illustre une nouvelle fois la volonté de la justice française de se saisir des crimes internationaux commis sur le continent africain.
Mais l’audience a pris une tournure politique dès son ouverture, lorsque la défense a demandé la comparution de Jean-Pierre Bemba, aujourd’hui vice-Premier ministre et ministre des Transports, ainsi que celle de Constant Ndima, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu. Les avocats de Lumbala estiment que les faits incriminés se sont déroulés dans des zones contrôlées à l’époque par le Mouvement de Libération du Congo (MLC), dirigé par M. Bemba. Une demande de comparution officielle a été transmise à Kinshasa par l’ambassade de France dans le cadre de la coopération judiciaire.
Cette démarche intervient dans un contexte sensible pour les autorités congolaises, alors que le gouvernement de Félix Tshisekedi mène une campagne pour la reconnaissance du « Génocost », terme désignant les atrocités subies par les Congolais lors des guerres du début du siècle. Le traitement de cette demande pourrait révéler la volonté réelle de Kinshasa de coopérer pleinement avec la justice internationale, même lorsque des personnalités politiques de premier plan sont concernées.
Au-delà du cas de Roger Lumbala, le procès ravive les débats sur la responsabilité des anciens mouvements armés dans les violences de la période post-guerre froide en RDC. En plaçant Jean-Pierre Bemba dans le champ judiciaire, la défense réactive des plaies encore vives d’un passé conflictuel que le pays tente toujours de surmonter, entre quête de justice, calculs politiques et devoir de mémoire.
CB
