La route Kisangani–Ubundu fait l’objet d’une communication abondante autour de l’action du gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia. Pourtant, derrière cette campagne de communication, une polémique enfle sur les véritables auteurs de la remise en état de cet axe stratégique.
Selon des informations de première main, vérifiables auprès du ministère des Finances, Paulin Lendongolia a déjà bénéficié d’une enveloppe de 1,8 million de dollars américains destinée aux travaux de cette route, alors que sa remise en état a finalement été soutenue financièrement par le gouverneur du Maniema, Moïse Mussa, à hauteur de 350.000 dollars.
Mais une confidence captée en haut lieu apporte un élément supplémentaire particulièrement troublant. Selon nos informateurs, l’enveloppe de 1,8 million de dollars a été versée, durant la période où Paulin Lendongolia avait été déchu de ses fonctions, par l’intermédiaire du compte d’une entreprise présentée comme une société-écran.
Toujours selon ces mêmes sources, cette entreprise a été attributaire du marché de réhabilitation de ce tronçon sur décision de Paulin Lendongolia.
Nos informateurs affirment en outre que, lorsque la situation politique du gouverneur s’est compliquée, il aurait intimé l’ordre de lui ramener cette enveloppe afin de faciliter ses démarches en vue de sa réhabilitation dans ses fonctions de gouverneur.
Ces allégations, si elles venaient à être établies, soulèveraient de graves questions sur la gestion de cette enveloppe et sur les conditions d’attribution du marché.
Car pendant ce temps, la réalité sur le terrain serait tout autre. C’est Moïse Mussa, gouverneur du Maniema, qui a mobilisé 350.000 dollars pour arranger la route Kisangani–Ubundu, une voie essentielle pour l’approvisionnement de Kindu, chef-lieu du Maniema.
Cette route ne constitue en effet pas un simple axe de liaison entre deux provinces. Elle représente une voie vitale pour l’acheminement des marchandises, des produits de première nécessité et de nombreux biens indispensables à la population de Kindu et de l’ensemble du Maniema.
C’est précisément en raison de cet enjeu que le gouverneur Moïse Mussa a décidé d’intervenir pour rendre la circulation à nouveau possible, alors que la communication autour de cette réalisation semble aujourd’hui largement profiter à Paulin Lendongolia.
Dès lors, une question s’impose : pourquoi autant de publicité autour d’une route dont la remise en état aurait été rendue possible grâce aux moyens mobilisés par un autre gouverneur ?
Plus largement, l’opinion est en droit d’obtenir des explications sur la destination de l’enveloppe de 1,8 million de dollars, sur l’identité de l’entreprise bénéficiaire du marché, ainsi que sur les conditions dans lesquelles les fonds auraient été débloqués et utilisés.
Si ces éléments sont confirmés par les pièces bancaires, les documents de passation des marchés et les écritures du Trésor, l’affaire pourrait prendre une tout autre dimension.
Une chose est certaine : sur la route Kisangani–Ubundu, les Congolais veulent savoir qui a payé, qui a exécuté les travaux et qui cherche aujourd’hui à en tirer les dividendes politiques.
En attendant que les documents parlent et que les autorités compétentes apportent les éclaircissements nécessaires, cette affaire ressemble de plus en plus, à un raccordement politique pour récupérer les dividendes d’un chantier financé par un autre.
Si le ridicule pouvait tuer…
Antoine Botshili
