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Chronique/Les plateaux de télé deviennent des rings: une dérive médiatique

Depuis quelques années, les plateaux de télévision congolais, censés être des espaces de débat démocratique et de confrontation d’idées, se transforment trop souvent en véritables arènes de pugilat verbal. Les communicateurs des partis politiques, qu’ils soient de la majorité, de l’opposition ou issus de la société civile, abandonnent le terrain des programmes et des projets de société pour sombrer dans l’invective, l’insulte et parfois même la menace physique.

Ce spectacle indigne choque l’opinion et interpelle les instances de régulation, au premier rang desquelles le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication –CSAC- et l’Union nationale de la presse du Congo-UNPC. Car la démocratie ne saurait se réduire à des joutes d’invectives: elle exige un débat franc, ouvert, respectueux, où les idées priment sur les coups bas.

Les communicateurs, censés porter la vision et les projets de leurs leaders, se retrouvent désormais à court d’arguments. Plutôt que d’expliquer les programmes, défendre les bilans ou proposer des alternatives, ils s’adonnent à des attaques personnelles. Les plateaux de télé deviennent ainsi des scènes où l’on rivalise d’injures, où l’on brandit des menaces, et où l’on frôle parfois l’affrontement physique. Cette dérive traduit une faillite intellectuelle et une incapacité à nourrir le débat démocratique. La télévision, média de masse par excellence, façonne l’opinion publique. Lorsque les débats se réduisent à des querelles stériles, c’est l’image même de la démocratie congolaise qui en pâtit. Les citoyens, au lieu d’être éclairés sur les choix politiques, assistent à des scènes humiliantes qui décrédibilisent les acteurs et fragilisent la confiance dans les institutions. Le pluralisme médiatique, acquis de haute lutte, se voit ainsi perverti par des comportements qui n’honorent ni les partis ni la société civile.

Face à cette situation, le CSAC et l’UNPC sont appelés à agir avec fermeté. Leur mission n’est pas seulement de réguler les contenus audiovisuels, mais aussi de préserver la dignité du débat public. Les plateaux de télévision ne doivent jamais se transformer en rings. Les communicateurs doivent être rappelés à l’ordre, sanctionnés en cas de dérive, et les médias invités à instaurer des chartes de conduite claires pour leurs invités. La régulation, loin d’être une censure, est une garantie de qualité et de respect dans l’espace public.

Les chaînes de télévision portent également une lourde responsabilité. En quête d’audience, certaines laissent prospérer ces dérives, transformant les débats en spectacles de confrontation. Or, le rôle des médias est d’élever le niveau du débat, pas de l’abaisser. Les rédactions doivent assumer leur mission pédagogique et citoyenne, en privilégiant les échanges d’idées, en refusant les invectives, et en rappelant aux communicateurs que la télévision n’est pas une foire mais un espace de construction démocratique.
Qu’on l’accepte ou non, la démocratie congolaise ne peut se consolider que par un débat d’idées franc, ouvert et respectueux. Dès lors, les insultes et les menaces n’ont pas leur place dans un espace public qui doit servir à éclairer les citoyens. Il est par conséquent urgent de réhabiliter la parole politique, de redonner sens aux programmes et aux projets de société, et de rappeler que la force d’un parti ou d’une organisation ne réside pas dans la virulence de ses communicateurs, mais dans la pertinence de ses propositions.
Les plateaux de télévision congolais sont devenus le miroir d’une dérive inquiétante: celle d’une politique qui se vide de substance pour se remplir de violence verbale. Cette situation appelle une réaction immédiate des instances de régulation, des médias et des acteurs politiques eux-mêmes. La démocratie ne peut se construire sur des injures, mais sur des idées. Restaurer la dignité du débat public est une exigence vitale pour l’avenir du pays. Car un peuple privé de débats éclairés est un peuple privé de choix véritables.

YAMAINA MANDALA

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