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Ebola en RDC : Jean-Jacques Mbungani, la voix de l’expérience face au risque d’un triomphalisme prématuré

17ᵉ épidémie d’Ebola : « Dépasser le pic est une bonne nouvelle, mais ce n’est pas encore la victoire », prévient l’élu du peuple.

Alors que la courbe épidémique semble amorcer une décrue dans plusieurs foyers, l’Honorable et Dr Jean-Jacques Mbungani Mbanda apporte une mise en garde fondée sur l’expérience de la santé publique : la baisse des cas ne doit jamais être confondue avec la maîtrise définitive d’une épidémie.

Dans cette analyse, l’ancien ministre de la Santé publique décrypte les réalités épidémiologiques de la 17ᵉ épidémie d’Ebola, notamment la multiplicité des foyers, le risque de chaînes de transmission invisibles et les défis liés au suivi des contacts.

À travers une lecture à la fois scientifique, institutionnelle et opérationnelle, Jean-Jacques Mbungani appelle à maintenir la pression jusqu’à l’extinction effective de toutes les chaînes de transmission. Pour lui, le moment n’est pas à l’autosatisfaction, mais au renforcement de la surveillance : « Une tendance encourageante est une raison de redoubler d’efforts, et non de les relâcher. ». Ci-dessous, son interpellation.

17e épidémie d’Ebola en RDC: Que signifie vraiment « avoir dépassé le pic » ? Quelques repères pour avancer ensemble

Par l’Honorable Dr Jean-Jacques Mbungani Mbanda
Député national, Ancien Ministre de la Santé publique

Je me réjouis, comme tous les Congolais, de la bonne nouvelle partagée avec Madame la Première Ministre Judith Suminwa: les données récentes suggèrent que le pic épidémique aurait été dépassé dans certains foyers, avec une courbe qui amorcerait une phase descendante.

C’est un signal encourageant, fruit du travail de nos vaillants soignants et de l’équipe de riposte. Il nous invite cependant, en tant que professionnels de santé, à rappeler avec pédagogie ce que signifie cette étape.

*1. Après le pic: comprendre la dynamique de la descente

En épidémiologie, une épidémie suit une courbe en cloche: elle croît, atteint un sommet, puis décroît.

Avoir dépassé le pic est une bonne nouvelle, mais la question scientifiquement pertinente est: quelle est la morphologie de la phase descendante ?

S’agit-il d’une décroissance rapide et franche, ou d’une décroissance lente en plateau, avec des rebonds ? Seule la présentation de la courbe épidémique complète, stratifiée foyer par foyer et assortie de son intervalle de confiance, permet de l’établir. C’est une information que nous gagnerions à partager.

*2. Une épidémie multi-foyers implique plusieurs pics

Nous ne sommes pas face à un foyer unique. Cette 17e épidémie est multi-focale: Tshopo, Bas-Uélé, Haut-Uélé, et désormais un cas importé confirmé à Gwaka, dans le Sud-Ubangi.

En épidémiologie, plusieurs foyers impliquent plusieurs pics épidémiques. Il ne peut y avoir un pic national unique. Chaque chaîne de transmission possède sa propre dynamique.

Ainsi, avoir dépassé le pic à Isiro ne signifie pas l’avoir dépassé à Bulape ou à Gwaka. D’où la nécessité de suivre et de communiquer les courbes épidémiques foyer par foyer.

*3. Un défi classique: l’exhaustivité de la détection des contacts

Nous savons, pour avoir géré de précédentes épidémies, qu’une proportion non négligeable de contacts et même de cas peut rester non détectée, fondue dans la communauté, par crainte ou par défaut d’information.

C’est un phénomène humain compréhensible. Il nous rappelle que la courbe observée est celle des cas détectés, et non celle des cas réels. D’où l’importance de renforcer la surveillance à base communautaire.

Il serait donc hasardeux de crier victoire trop tôt, même si toute épidémie finit naturellement par s’éteindre.

*Dans cet esprit, voici cinq étapes que je suggère pour la suite:

*Étape 1: Confirmer le pic.
La règle d’or internationale, selon l’OMS, est d’observer deux périodes maximales d’incubation consécutives, soit 42 jours sans nouveau cas confirmé, pour attester de l’extinction d’une chaîne de transmission dans un foyer donné.

*Étape 2: Maintenir une vigilance maximale.
L’expérience montre que la période post-pic est la plus à risque de relâchement. Je suggère au contraire de maintenir une surveillance communautaire active, notamment à Akula et Gwaka, ainsi qu’aux points d’entrée fluviaux. C’est souvent à ce stade que l’on retrouve des contacts perdus de vue.

*Étape 3: Assurer un suivi complet des contacts.
Le suivi quotidien de l’ensemble des contacts pendant 21 jours reste notre outil le plus efficace. Veillons à ce qu’aucun contact ne soit perdu de vue.

*Étape 4: Préparer la sortie d’épidémie.
Anticipons la phase finale selon le protocole de l’OMS: 42 jours sans nouveau cas pour déclarer la fin de l’épidémie, suivis de 90 jours de surveillance renforcée, incluant l’accompagnement clinique et psychosocial des guéris.

*Étape 5: Adopter une communication rigoureuse et fédératrice.
Plutôt que d’affirmer que « l’épidémie est sous contrôle », ce qui pourrait démobiliser les équipes, les bailleurs et la population, je suggère de formuler: « La tendance est encourageante dans plusieurs foyers, mais la vigilance reste maximale jusqu’au dernier contact suivi. »

Conclusion

Mon souhait est que nous poursuivions ce travail remarquable avec rigueur et unité. Une tendance encourageante est une raison de redoubler d’efforts, et non de les relâcher.

Annoncer que l’épidémie est sous contrôle alors que nous venons de confirmer un cas à plus de 1 000 km de l’épicentre initial, avec un itinéraire à haut risque, est contre-productif. Oui, la tendance peut être encourageante. Non, l’épidémie n’est pas sous contrôle: elle est en phase descendante dans certains foyers seulement.

Restons mobilisés ensemble jusqu’au dernier contact suivi.

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