Dans un climat politique marqué par les tractations autour d’un futur gouvernement d’union nationale, l’ancien Premier ministre Adolphe Muzito a surpris en se déclarant prêt à collaborer avec le pouvoir en place. Reçu ce mercredi 2 juillet par le président Félix Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine, le leader de Nouvel Élan a franchi un cap en tendant la main à la majorité présidentielle.
C’est la toute première fois, depuis l’arrivée au pouvoir de Tshisekedi en 2019, que les deux hommes se rencontrent officiellement. Un geste fort qui marque une rupture dans la posture d’opposition qu’adoptait jusque-là Muzito. « J’ai donné ma position pour dire que j’étais disposé à participer à la formation du gouvernement. Pour moi, il est important que mes idées soient prises en compte dans la mesure du possible », a-t-il affirmé à la sortie de l’audience.
Mais cette ouverture ne se veut pas un blanc-seing. Muzito pose ses conditions : il appelle à des réformes profondes et même à un dialogue politique. « Je propose que le Président de la République voie la possibilité d’organiser un dialogue aujourd’hui ou demain, mais le plus important est qu’il engage des réformes importantes qui permettent de faire avancer le pays », a-t-il insisté, soulignant sa volonté de conjuguer action et transformation.
Au-delà de cette perspective de participation au gouvernement, l’ancien Premier ministre s’est montré élogieux à l’égard de l’action diplomatique de Tshisekedi. « Mon parti et moi l’avons d’abord remercié pour les performances réalisées. De manière générale, on le critiquait qu’il voyageait beaucoup à l’étranger. Aujourd’hui, les résultats sont là », a-t-il reconnu, saluant une stratégie internationale jugée payante.
Muzito a notamment salué la reconnaissance par la communauté internationale du rôle du Rwanda dans le conflit à l’Est. « Il a réussi à faire connaître à la communauté internationale que le Rwanda est le pays agresseur de la RDC à travers ses rébellions et la signature, sous l’égide des USA, d’un accord qui contraint le Rwanda et les rebelles de se retirer du territoire congolais », a-t-il déclaré, reprenant les termes d’une position désormais partagée à l’échelle internationale.
Sur le plan économique, l’ex-chef du gouvernement a aussi souligné des avancées notables dans les discussions internationales, notamment avec les États-Unis. « Ce qui hier était pillé par le Rwanda comme tout simplement un sous-traitant, désormais le Congo va l’exploiter avec tous les pays du monde, et principalement les USA », a-t-il souligné, avant d’appeler à la transparence : « Il est normal que cet accord soit l’objet de critiques de la part des citoyens et nécessite des explications du gouvernement ».
En rompant avec sa posture d’opposant intransigeant, Adolphe Muzito opère un virage stratégique. Sa main tendue à Félix Tshisekedi n’est pas sans enjeu : elle traduit à la fois une reconnaissance du bilan présidentiel et une volonté d’influencer la trajectoire des réformes à venir. Reste à savoir si cette main sera saisie dans les équilibres à construire pour le futur gouvernement.
CB
