Le procès de l’ancien président Joseph Kabila, accusé notamment de haute trahison et de crimes contre la paix, ne fait pas seulement trembler les murs des institutions judiciaires congolaises. En toile de fond, une controverse s’intensifie autour des honoraires colossaux plus de deux millions de dollars alloués aux cabinets d’avocats engagés par l’État. Une somme jugée « modeste » par la défense publique, mais largement critiquée dans l’opinion.
Sept cabinets ont été mobilisés pour représenter la République dans ce procès qualifié d’« historique ». Ce recours massif à des experts de haut niveau est justifié par le gouvernement à travers Maître Kabengela Ilunga, l’un des avocats principaux, qui évoque un dossier « d’une rare complexité ». Pour lui, les enjeux sécuritaires, politiques et diplomatiques justifient une mobilisation sans précédent de moyens financiers.
Mais au-delà des justifications techniques, cette facture suscite un malaise dans une société congolaise minée par la pauvreté et les carences en services sociaux de base. Comment expliquer qu’autant d’argent public soit engagé dans un procès encore suspendu à l’examen de fond, alors que les hôpitaux manquent de médicaments et que les enseignants attendent leurs arriérés ?
Selon Me Ilunga, deux éléments aggravent le contexte et légitiment ce coût : la « dangerosité » présumée de l’accusé, en lien avec le groupe armé M23, et les menaces dont feraient l’objet les avocats de la République. Ces arguments, bien que graves, n’ont pas suffi à dissiper les critiques d’une partie de la société civile, qui y voit une opération de communication politique, voire une instrumentalisation de la justice.
L’affaire intervient quelques semaines seulement après la levée de l’immunité parlementaire de Joseph Kabila, le 22 mai 2025, qui a permis l’ouverture officielle des poursuites judiciaires. Le calendrier judiciaire est scruté avec attention : après une première audience le 25 juillet, le procès a été reporté au 7 août sur demande des avocats de l’État. Un délai qui interroge sur la solidité du dossier et la préparation réelle de la partie accusatrice.
En arrière-plan, ce procès pose la question de l’indépendance de la justice face au pouvoir exécutif et de l’utilisation des fonds publics dans des affaires hautement sensibles. Est-on en train d’assister à un tournant dans la lutte contre l’impunité, ou s’agit-il d’un règlement de comptes politique camouflé sous les atours du droit ?
Quelle que soit l’issue du procès, l’affaire aura ouvert un débat plus large : celui de la transparence budgétaire dans les affaires judiciaires d’État, et de la légitimité morale d’investir autant d’argent pour « faire justice », quand la population elle-même attend encore que justice sociale lui soit rendue.
CB
