À 48 heures d’une audience cruciale devant la Cour militaire de Kinshasa-Gombe, l’ancienne ministre Marie-Ange Mushobekwa multiplie les publications sur ses comptes sociaux. Un activisme numérique qui interroge : pourquoi cette agitation alors que le dossier est déjà entre les mains de la justice ?
Un calendrier judiciaire chargé
Selon le calendrier communiqué, le ministère public doit présenter son réquisitoire ce jeudi 7 mai devant la Cour militaire. L’affaire, dont les détails restent couverts par le secret de l’instruction, suscite depuis plusieurs semaines de vifs commentaires dans l’opinion.
Une communication intensive
Depuis l’ouverture du dossier, Mme Mushobekwa publie « matin, midi et soir », selon l’expression reprise par plusieurs observateurs, des messages, vidéos et statuts relatifs à la procédure.Des observateurs dénoncent une tentative de « manipulation de l’opinion publique » sans preuves à l’approche du réquisitoire.
La frontière entre défense politique et procédure judiciaire
Ministre honoraire et figure de l’opposition proche de Joseph Kabila, Marie-Ange Mushobekwa tente de politiser l’affaire publiquement via ses réseaux sociaux . Pour certains analystes, cette posture brouille la ligne entre le débat politique et le traitement judiciaire du dossier. « On assiste à une politisation d’une affaire qui devrait rester strictement juridique », estime un juriste kinois sous couvert d’anonymat.
À l’inverse, des proches de l’ancienne ministre rappellent que « communiquer fait partie de la stratégie de défense » et que « l’opinion a le droit d’être éclairée » sur ce qu’ils qualifient de « procès à caractère politique ».
Peut-on influencer la justice ?
Le Code de procédure pénale congolais consacre l’indépendance du juge et interdit toute pression sur les magistrats. La Cour militaire, comme toute juridiction, est tenue de statuer uniquement sur la base des pièces du dossier et des débats à l’audience.
« Les campagnes médiatiques n’ont pas vocation à peser sur la décision du ministère public ou des juges. Mais elles peuvent créer un climat », nuance un avocat au barreau de Kinshasa. « C’est pourquoi la sérénité est essentielle des deux côtés ».
L’appel à la retenue
À 48 heures du réquisitoire, plusieurs voix appellent au respect de la séparation des pouvoirs. « Que chacun joue son rôle : au procureur de requérir, aux avocats de défendre, aux juges de trancher. Et à la justice de faire son travail calmement », résume un acteur de la société civile.
La question demeure : l’intensité de la communication de Mme Mushobekwa relève-t-elle d’une stratégie de défense légitime, d’une opération politique, ou des deux ? La réponse n’appartient ni aux réseaux sociaux, ni aux tribunes, mais à l’audience de ce 7 mai et, in fine, au verdict de la Cour.
Espedi Saile
