Dans une analyse approfondie, l’ingénieur-conseil Rémy Luvumbu estime que les difficultés du projet Grand Inga ne relèvent pas seulement de contraintes financières ou techniques. Selon lui, le manque de volonté politique, la mauvaise gouvernance et l’absence d’une stratégie énergétique cohérente empêchent la République démocratique du Congo de concrétiser un projet pourtant capable de transformer durablement le continent africain.
Alors que la République démocratique du Congo dispose de l’un des plus importants potentiels hydroélectriques de la planète, le projet du barrage du Grand Inga demeure enlisé après plusieurs décennies d’annonces et de reports. Pour l’ingénieur-conseil et spécialiste en développement durable Rémy Luvumbu, cette situation illustre les profondes faiblesses de la gouvernance énergétique du pays.
Dans une tribune publiée depuis Genève, l’expert dresse un constat sévère du secteur énergétique congolais. Il estime que la Société nationale d’électricité (SNEL) et la REGIDESO peinent à assurer efficacement leurs missions, en raison de la vétusté des infrastructures, du manque d’investissements et de l’absence d’une politique énergétique durable.
Selon lui, les délestages répétés, les pannes à répétition et les difficultés d’approvisionnement en eau potable témoignent d’une crise structurelle qui menace directement le développement économique et social de la RDC.
Rémy Luvumbu rappelle notamment les importantes coupures d’électricité enregistrées à Kinshasa en décembre 2024, provoquées par des équipements devenus obsolètes.
À ses yeux, ces incidents démontrent l’urgence de moderniser le réseau électrique national afin d’éviter un risque de black-out généralisé dans les prochaines années.
L’auteur revient également sur les ambitions du projet Grand Inga, imaginé dans les années 1970 comme le plus grand complexe hydroélectrique au monde. Une fois achevé, celui-ci pourrait produire jusqu’à 40 gigawatts d’électricité, soit une capacité largement supérieure à celle de nombreux barrages existants et suffisante pour alimenter une grande partie de l’Afrique.
Pourtant, malgré cet immense potentiel, le projet accumule les retards. L’ingénieur attribue cette situation à plusieurs facteurs : l’instabilité des partenariats internationaux, les changements successifs de stratégie, les difficultés de financement, la corruption, le manque de transparence dans la gouvernance ainsi que l’absence de vision à long terme.
Il évoque notamment le retrait de plusieurs partenaires internationaux, dont la société chinoise Three Gorges Corporation, qui aurait renoncé au projet en raison de désaccords sur sa gouvernance.
Il rappelle également que la Banque mondiale avait suspendu son financement en 2016 à la suite de divergences stratégiques avec les autorités congolaises.
Selon Rémy Luvumbu, de nombreux pays africains, notamment l’Afrique du Sud, le Nigeria, l’Angola ou encore la Guinée, continuent pourtant de manifester leur intérêt pour l’énergie que pourrait produire Grand Inga afin de répondre à leurs propres besoins croissants en électricité.
Face à cette situation, l’expert appelle les autorités congolaises à revoir entièrement leur stratégie énergétique. Il recommande notamment la modernisation des infrastructures existantes, l’optimisation des barrages Inga I et Inga II, la reconfiguration du réseau national ainsi que l’intégration de systèmes intelligents de gestion de l’énergie.
Pour lui, seule une gouvernance rigoureuse, transparente et orientée vers les résultats permettra au Grand Inga de devenir enfin le moteur de développement économique que la République démocratique du Congo et l’ensemble du continent africain attendent depuis plusieurs décennies.
Jeff Saile
