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Ebola au Sud-Ubangi : la députée Sakombi Moleka Cathy sonne l’alerte et met l’État face à ses responsabilités

Après le premier cas confirmé dans le Sud-Ubangi, Sakombi Moleka Cathy dénonce une riposte arrivée trop tard face à une menace prévisible. La députée exige une mobilisation immédiate des autorités, la transparence sur les fonds affectés à la lutte contre Ebola et un renforcement urgent du dispositif aux frontières avec la RCA. Son avertissement est sans détour : le Sud-Ubangi ne doit pas devenir le point de départ d’une nouvelle chaîne de propagation. Ci-dessous, son communiqué à cet effet.

Communiqué de l’Honorable Sakombi Moleka Cathy

Le 8 septembre 2026, la province du Sud-Ubangi/Gwaka mission  a enregistré son premier cas confirmé de maladie à virus Ebola (MVE) dans la Zone de Santé de Bulu, précisément dans l’aire de santé de Gwaka Mission. Il s’agit d’un homme de 23 ans, originaire de Kamanyola (Sud-Kivu), dont l’itinéraire sur 21 jours a traversé plusieurs provinces actuellement touchées par l’épidémie (Rwanda, Ouganda, Ituri, Tshopo, etc.) avant d’arriver par voie fluviale via le port d’Akula.

Le patient est décédé deux jours après son admission au Centre Hospitalier de Miluna. Le tableau clinique était compatible avec une fièvre hémorragique virale (fièvre en plateau, hématémèse, selles sanglolentes, dyspnée). Le prélèvement a été réalisé et acheminé au laboratoire pour confirmation.

  1. Défaut de préparation et inquiétudes

Cette situation illustre tragiquement le défaut de préparation de la province du Sud-Ubangi face à la menace épidémique. Malgré les alertes répétées et les appels pressants des élus nationaux de la province, les mesures de prépositionnement des intrants, la formation du personnel soignant et le renforcement de la surveillance aux points d’entrée (notamment le long du fleuve Congo) n’ont pas été anticipés.

Les défis relevés dans le rapport (absence initiale de kits de prélèvement, capacités limitées en Prévention et Contrôle des Infections, difficultés d’identification des passagers) confirment que la riposte a été réactive et non proactive. La province se retrouve aujourd’hui à courir après une épidémie qui était pourtant prévisible au vu de la mobilité fluviale et terrestre dans la région.

  1. Risque de transmission transfrontalière avec la République Centrafricaine (RCA)

La confirmation de ce cas dans la province du Sud-Ubangi, frontalière de la RCA, constitue une menace directe pour ce pays voisin. Plusieurs facteurs rendent ce risque particulièrement préoccupant :

· Proximité géographique et flux de population : Le Sud-Ubangi partage une frontière terrestre et fluviale avec la RCA. Les mouvements de population entre les deux pays sont importants, notamment via le fleuve Oubangui et les axes routiers. La province du Haut-Uélé, frontalière de la RCA, connaît une transmission active du virus, ce qui augmente le risque d’exportation vers le territoire centrafricain .
· Antécédents d’alertes en RCA : La RCA n’a pas encore enregistré de cas confirmé, mais des cas suspects ont déjà été signalés, notamment dans la zone de santé de Yakoma (RDC) à la frontière avec le district sanitaire de Ouango-Gambo en RCA, ainsi qu’un décès suspect dans la province du Sud-Ubangi . Ces signaux précoces indiquent que le virus circule probablement à proximité immédiate de la frontière.
· Capacités de préparation limitées : La RCA est confrontée à des défis structurels majeurs en matière de surveillance épidémiologique, d’accès aux soins et de coordination transfrontalière. L’OMS a souligné que les mêmes faiblesses (surveillance, accès aux soins, eau et assainissement) favorisent la propagation de multiples pathogènes le long des routes et rivières partagées . Une opération de préparation a été lancée en juin 2026 pour anticiper le risque d’introduction du virus en RCA, mais les ressources restent limitées .
· Mobilité régionale : L’épidémie actuelle a déjà débordé les frontières de la RDC, avec des cas importés en Ouganda et jusqu’en France . La mobilité des personnes et des biens le long du fleuve Oubangui et des axes commerciaux constitue un vecteur majeur de propagation. Les frontières ralentissent la riposte mais n’arrêtent pas le virus .

Recommandations spécifiques pour la RCA :

  1. Renforcer la surveillance aux points d’entrée le long de la frontière avec le Sud-Ubangi (ports fluviaux, postes frontaliers terrestres).
  2. Mettre en place un mécanisme de partage d’informations en temps réel entre les équipes de riposte de la RDC et de la RCA, incluant les alertes, les données de traçage des contacts et les séquences génomiques .
  3. Accélérer le déploiement des kits de prélèvement et des intrants de riposte dans les zones frontalières de la RCA, en coordination avec l’OMS et les partenaires.
  4. Sensibiliser les communautés frontalières sur les risques et les mesures de prévention, en particulier les populations vivant le long du fleuve Oubangui.
  5. Demande de clarification budgétaire

Face à cette situation, il est impératif de demander une clarification urgente sur la part du budget allouée au Sud-Ubangi dans le plan national de riposte contre la MVE.

Le plan national révisé de 180 jours est estimé à 1,3 milliard de dollars, avec un besoin initial de 319 millions de dollars. Si l’État congolais a débloqué 20 millions de dollars d’urgence et que des partenaires comme la Banque africaine de développement ont contribué à hauteur de 13 millions, quelle est la ligne budgétaire spécifiquement dédiée à la préparation et à la riposte dans les provinces non endémiques mais à haut risque comme le Sud-Ubangi ?

L’absence de réponse à cette question risque de transformer une alerte localisée en une propagation incontrôlée le long du fleuve Congo et vers la RCA.

  1. Recommandations urgentes

  1. Pour le Sud-Ubangi : Finaliser l’investigation autour du cas confirmé, compléter le listage des contacts (y compris les passagers de la baleinière et le personnel soignant) et assurer un suivi quotidien strict.
  2. Pour le niveau central : Déployer immédiatement une équipe multidisciplinaire d’investigation et prépositionner des kits de prélèvement et des intrants de riposte (EPI, kits PCI) dans la province.
  3. Transparence budgétaire : Publier la répartition provinciale des fonds alloués à la riposte pour garantir que le Sud-Ubangi reçoive les ressources nécessaires à sa protection.
  4. Renforcement de la surveillance transfrontalière : Intensifier le contrôle aux points d’entrée fluviaux (port d’Akula) et coordonner les efforts avec les autorités sanitaires de la RCA pour prévenir toute propagation transfrontalière.
  5. Sensibilisation communautaire : Renforcer la communication sur les risques et les mesures de prévention auprès des populations vivant le long de la frontière avec la RCA.

Conclusion :
La confirmation de ce cas au Sud-Ubangi ne doit pas être traitée comme un incident isolé. C’est le symptôme d’une faille dans la préparation nationale. Sans une action immédiate et des moyens adéquats, le virus continuera de progresser le long des axes fluviaux et terrestres, menaçant l’ensemble de la région.

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