La marche de l’opposition, annoncée comme un grand rendez-vous politique, n’aurait pas produit la démonstration de force attendue. Une séquence qui pourrait conforter le discours d’Augustin Kabuya sur le rapport de forces dans la rue. Mais l’autre fait marquant de cette journée est le comportement de la police, dont le dispositif a été présenté comme particulièrement sobre et professionnel.
Kabuya n’a jamais cessé de le dire
Depuis plusieurs mois, Augustin Kabuya défend une ligne claire : l’opposition doit pouvoir manifester, mais dans un cadre sécurisé et sous l’encadrement de la Police nationale congolaise.
Le secrétaire général et président intérimaire de l’UDPS n’a surtout jamais caché son scepticisme quant à la capacité de l’opposition actuelle à mobiliser massivement la population.
Son raisonnement était simple : si l’opposition estime bénéficier d’un large soutien populaire, qu’elle le démontre dans la rue.
La marche du 15 septembre devait précisément permettre de mesurer cette capacité de mobilisation.
Une police dans son rôle
Mais au-delà de la mobilisation, un autre élément mérite d’être souligné : le comportement des forces de l’ordre pendant la manifestation.
La police s’est principalement concentrée sur sa mission d’encadrement des manifestants. Aucun recours aux gaz lacrymogènes ni aux balles létales n’aurait marqué la journée, donnant l’image d’un dispositif davantage orienté vers la sécurisation que vers la confrontation.
Une attitude qui tranche avec les scènes de violences parfois observées lors de précédentes manifestations politiques.
Pour les observateurs favorables au pouvoir, cette séquence pourrait être considérée comme un signal positif : une manifestation de l’opposition peut être encadrée sans nécessairement dégénérer en affrontements.
Difficile, dans ce contexte, de ne pas penser aux recommandations répétées d’Augustin Kabuya.
Le secrétaire général de l’UDPS avait précisément appelé à laisser l’opposition manifester, tout en demandant un encadrement policier permettant de garantir l’ordre et la sécurité.
Le VPM de l’Intérieur aurait-il suivi Kabuya à la lettre ?
La question prête évidemment à sourire, mais elle mérite d’être posée.
On dirait que le vice-Premier ministre chargé de l’Intérieur a suivi à la loupe les conseils d’Augustin Kabuya.
Laisser manifester. Encadrer. Sécuriser. Éviter les débordements.
Si tel était effectivement le mot d’ordre, la journée du 15 septembre aura constitué une illustration concrète de cette approche.
La police n’aurait pas cherché à empêcher la manifestation, mais plutôt à l’accompagner et à maintenir l’ordre.
Pas de gaz lacrymogènes, pas de tirs à balles létales : l’essentiel du dispositif aura été consacré à l’encadrement des manifestants.
Une approche qui permet également au pouvoir de retourner un argument souvent utilisé contre lui : celui d’une prétendue volonté systématique d’empêcher l’opposition de manifester.
Une mobilisation en des sous des attentes ?
Sur le plan politique, la question de la mobilisation reste toutefois centrale.
Annoncée avec insistance comme une importante démonstration de force, la marche de l’opposition n’aurait finalement pas atteint le niveau espéré par ses organisateurs.
Pour les proches du pouvoir, le constat est évidemment interprété comme un revers.
La bataille ne se joue donc plus uniquement dans les déclarations politiques, les meetings ou les réseaux sociaux. Elle se joue également dans la rue, autour d’une question simple : combien de citoyens ont réellement répondu à l’appel ?
C’est précisément sur ce terrain qu’Augustin Kabuya avait voulu placer le débat.
Le responsable de l’UDPS avait notamment insisté sur la nécessité de documenter la marche, notamment à travers des drones, afin que la mobilisation puisse être appréciée au-delà des déclarations contradictoires des différents camps.
Kabuya face à ses contradicteurs
Cette journée ravive également le débat sur le rapport de forces politique.
Alors qu’Augustin Kabuya soutient depuis longtemps que l’opposition ne dispose pas d’une implantation populaire suffisamment importante, André Mbata défendait une appréciation différente de la situation.
Les images de la marche du 15 septembre donnent aujourd’hui à Kabuya un nouvel argument politique.
Il pourra rappeler qu’il avait toujours soutenu que le meilleur moyen de mesurer la popularité d’une opposition était de la laisser descendre dans la rue.
Et cette fois, la rue aurait parlé.
L’opposition ne fait-elle vraiment pas peur ?
Une mobilisation jugée faible peut s’expliquer par plusieurs facteurs : difficultés organisationnelles, contexte politique, contraintes logistiques ou encore décalage entre la visibilité sur les réseaux sociaux et la capacité à mobiliser physiquement.
Mais politiquement, le pouvoir ne manquera certainement pas d’exploiter cette séquence.
Le message de l’UDPS pourrait désormais être résumé ainsi : l’opposition bénéficie d’une visibilité politique certaine, mais peine encore à transformer cette visibilité en mobilisation populaire massive.
Place maintenant à l’UDPS
Après avoir observé la mobilisation de l’opposition, le parti présidentiel devra désormais accepter de se soumettre au même exercice.
Une mobilisation populaire de grande ampleur de l’UDPS constituerait une démonstration de force particulièrement symbolique. Elle permettrait au parti présidentiel de soutenir que le chef de l’État conserve une importante base populaire.
À l’inverse, une mobilisation décevante pourrait relativiser le discours triomphaliste du pouvoir.
La rue pourrait donc devenir le véritable arbitre de cette nouvelle bataille politique.
Augustin Kabuya, prophète ?
Il est encore trop tôt pour transformer la journée du 15 septembre en verdict définitif sur le rapport de forces national.
Mais une chose est certaine : cette séquence offre à Augustin Kabuya une formidable occasion de rappeler ses nombreuses mises en garde.
Il avait appelé à l’encadrement de la marche. La police l’a fait.
Il avait souhaité que la manifestation puisse se dérouler sans entrave, sous la protection des forces de l’ordre. La manifestation a pu se tenir dans ce cadre.
Il avait également estimé que la rue permettrait de mesurer la véritable capacité de mobilisation de l’opposition. Les images de la journée alimentent désormais ce débat.
Kabuya avait-il donc vu juste ?
La prochaine démonstration de force sera celle de l’UDPS.
Et si le parti présidentiel parvient à mobiliser davantage que l’opposition, Augustin Kabuya pourra alors revendiquer une victoire politique et lancer à ses contradicteurs, avec le sourire :
« Je vous l’avais bien dit. »
Jeff Saile
